L’agriculture, Graine de l’émergence

L’agriculture, Graine de l’émergence
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() - Pour ne plus dépendre principalement des recettes pétrolières, le Gabon s’est engagé à diversifier son économie par le biais de l’agriculture à travers le programme Graine. Objectifs, limiter ses importations des produits agricoles, améliorer sa sécurité alimentaire, créer des emplois durables et favoriser son développement économique. Zoom sur un projet auquel les autorités accordent la plus grande importance.

Des cargaisons de produits agricoles qui débarquent en milliers de tonnes chaque semaine à Libreville au Gabon en provenance du Cameroun, on ne les verra plus dans les cinq prochaines années. Du moins, plus autant. Le Gabon a lancé le programme Graine (Gabon des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés) qui a pour objectif de lancer et moderniser la production agricole nationale dans un pays qui a longtemps consommé en grande partie les produits cultivés par ses voisins immédiats ou importés des pays occidentaux. Chaque année au Gabon, les  importations annuelles de denrées pèsent entre 250 et 300 milliards de FCFA. « Trop lourd pour le panier de la ménagère », reconnaît Ali Bongo, le président gabonais, qui a vu en cette situation une urgence : « Un changement d’approche s’impose  afin que le marché local parvienne à capter le flux de ces importants capitaux dépensés en importation », a déclaré le président lors du lancement du programme Graine en décembre 2014.

Des moyens financiers sont prévus pour en convaincre les Gabonais ! 125 000 Francs Cfa. C’est le montant mensuel que les gestionnaires du programme Graine donneront à chaque Gabonais engagé et ayant décidé de cultiver la terre. Les bénéficiaires devront justifier d’au moins 26 jours de travail. Seulement, ils devront rembourser cet argent après la récolte et la vente de leur production. Mais, avant d’arriver à cette rémunération mensuelle qui entre dans l’axe de ’’l’encadrement de la gestion de l’activité’’, il faudra traverser trois étapes que le programme s’est fixé. La première étant le regroupement des cultivateurs en coopératives, la deuxième étant la formation des superviseurs et le transfert des compétences et la troisième étape, l’attribution des surfaces de production et d’habitation ainsi que du matériel d’exploitation aux membres de la coopérative.

Avec le programme Graine donc, c’est 30 000 familles de 1600 villages qui vont s’organiser en coopératives agricoles pour exploiter plus de 200 000 ha de terre durant cinq ans. Le 01er septembre dernier déjà, dans la province de Woleu-Ntem des agréments de transformation d’associations en coopératives et des titres fonciers ont été délivrés à 95 associations. Ce sont ainsi au total 1655 membres qui ont bénéficié des premiers avantages du programme Graine. Concrètement,  comme prévu pour les 30 000 familles qui en bénéficieront, chacun des 1655 membres de ces coopératives reçoit gratuitement 7 ha de terre pour la production agricole, dont 0,5 ha réservé à un usage privé.

Formation

La province de Woleu-Ntem n’est pas la première à avoir lancé le programme Graine. En mars 2015 dans l’Ogooué-Ivindo, pour la première fois au Gabon, 105 associations ayant un total de 3650 membres avaient changé leur statut pour devenir des coopératives agricoles afin de bénéficier des avantages ci-dessus mentionnés. A toutes ces occasions, Ali Bongo s’est lui-même déplacé pour remettre lesdits documents aux populations et exhorter les jeunes à prendre le chemin des champs.

Ces coopératives seront donc appuyées dans leurs démarches pour l’obtention accélérée des permis agricoles, le préfinancement de leurs activités au sein de la coopérative ou encore l’accès de crédits à des taux préférentiels. La deuxième étape du programme est déjà lancée. C’est la formation, indispensable pour mener à bien les projets agricoles. Le  22 août dernier, un contingent de 54 Gabonais sélectionnés dans cinq provinces, s’est envolé pour la Malaisie en vue d’une formation de quatre mois aux techniques agricoles. Cette formation théorique et pratique qui se fera en partenariat avec le groupe malaisien FELDA sera sanctionnée d’un diplôme. Au-delà de ces 54 personnes actuellement en formation, le pays envisage de former 2500 Gabonais, qui, à leur tour, en tant que superviseurs terrain au sein de leur coopérative, transmettront leurs savoirs à leurs compatriotes.

Sotrader et OLAM

Autre avantage, les membres des coopératives seront couverts par la Caisse nationale d'assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). Tous ces engagements et promesses ont été pris par le président de République, Ali Bongo, et sont mis en œuvre sur le terrain par la Société gabonaise de transformation agricole et développement rural (Sotrader). Une société conclue sous le modèle pubic-privé entre la République gabonaise (51%) et le groupe Olam International Ltd. (49%), le partenaire technique indien et acteur clé dans la transformation des produits agricoles à travers le monde.

Les responsables du programme Graine expliquent que le groupe Olam a été associé à ce vaste projet, parce qu’il a déjà développé au Gabon en trois ans près de 16 000 hectares de plantations agro-industrielles et en développe d’autres dans le monde entier, comme en Côte d’Ivoire. L’idée générale étant de soutenir les agriculteurs au lancement de leur plantation et d’acheter plus tard leurs productions. Au Gabon, les productions des membres des coopératives seront rachetées par la Sotrader qui retiendra à la source le montant qu’elle a investi dans la création de la plantation (préparation des terrains, machines, semences, fertilisant, rémunération mensuelle, etc.). En effet, des engins agricoles seront mis à la disposition des coopératives. Le 29 août dernier, la Sotrader et son partenaire technique Olam International Ltd ont signé un contrat de 140 millions US$ avec le groupe Caterpillar pour l’achat de 475 bulldozers, dont les premiers sont annoncés sur le sol gabonais dans les semaines à venir.  « Le groupe Olam a réuni de nombreux experts internationaux afin d’établir des équipes compétentes et plein d’expertise. De nombreux managers d’Olam ont travaillé au développement de programmes similaires dans des pays sud-asiatiques, tels la Malaisie, qui a connu un développement économique et rural exponentiel grâce aux retombées de son secteur agro-industriel », soutient la Sotrader sur son site web.

Principal défi, convaincre

A ce jour, 6900 adhérents de 425 coopératives sont déjà inscrits au programme Graine et son coordonnateur général, Léandre Bouloubou, ne manque pas de sillonner les provinces du pays pour expliquer à travers des séminaires et fora d’échanges le bien-fondé de ce projet aux jeunes citadins encore peu réceptifs. Le programme reste à la portée de tout Gabonais âgé de 21 ans au moins et désireux de se lancer dans un projet de coopérative agricole durable qui, d’après les pouvoirs publics, lui garantira un revenu immédiat. Les intéressés pourront aussi s’adresser aux membres des coopératives existantes. Ceux des Gabonais qui souhaitent étendre leur surface de production agricole sont également concernés. L’engouement jusqu’ici observé n’est pas encore à la hauteur des attentes de l’Etat.

Certes, le président Ali Bongo lui-même ne manque pas d’inciter les jeunes à emprunter la voix de l’agriculture quand l’occasion se présente, mais ces jeunes Gabonais, citadins pour la plupart, ont encore du mal à troquer le rêve d’un travail dans un bureau climatisé au costume d’un agriculteur. « Je dis aux jeunes en quête d’emplois, à ceux qui, fonctionnaires aujourd’hui, voudraient se consacrer à l’agriculture : saisissez cette opportunité, vous ne le regretterez pas », conseillait Ali Bongo en décembre dernier en précisant que « la terre vous rend au centuple ce que vous lui confiez ». Pas suffisant pour convaincre et mobiliser un plus grand nombre de jeunes citadins. Car, le programme vise aussi à repeupler les villages, à freiner l’exode rural à travers la création d’emplois durables.

D’où les tournées d’explication de Léandre Bouloubou et de ses équipes non seulement dans les villes, mais également dans les provinces. Léandre Bouloubou reconnaît d’ailleurs que l’un des problèmes rencontrés par ce programme est la difficulté de convaincre les jeunes déscolarisés de la tranche d’âge de 21 à 35 ans et vivant en milieu urbain à embrasser le programme Graine. Ceci contrairement aux jeunes du monde rural, plus réceptifs à ce projet. «Lors de nos rencontres, ces jeunes nous disent qu’au village, il manque d’eau potable, d’électricité, de réseau téléphonique et des chaines câblées pour suivre les matchs de football, entre autres», expliquait Léandre Bouloubou le 1er septembre dernier aux populations d’Oyem en revenant sur les projets connexes qui accompagnent ce projet.

Le programme Graine est en effet associé à un plan de développement des infrastructures. D’après les responsables du programme, 3000 km de routes non bitumées d’accès aux plantations sont prévues tout comme de nombreuses infrastructures sociales à l’instar de l’électrification rurale, l’hydraulique villageoise, la construction des écoles et centres de santé.

Il faut noter que le programme Graine s’inscrit dans le cadre du plan Gabon Vert tiré du Programme stratégique Gabon émergent élaboré par Ali Bongo en 2009 et dont l’objectif est d’assurer l’autosuffisance alimentaire du Gabon et de porter la contribution de l’agriculture de 5% à 20% du PIB d’ici 2020. Le pari n’est pas encore gagné, mais les responsables du programme s’y attèlent. Y compris le nouveau ministre de l’Agriculture Mathieu Mboumba Nziengui qui supervise désormais le programme Graine. 

Beaugas-Orain Djoyum

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