Frédéric Yifomnjou: « La titrisation offre beaucoup d’avantages aux entreprises »

Frédéric Yifomnjou: « La titrisation offre beaucoup d’avantages aux entreprises »
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() - Le directeur dépositaire central à la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) expose sur les avantages qu’offre l’opération de titrisation de la dette publique. Il présente les différences et les similitudes entre les divers mécanismes de recyclage de la dette.

Le Nouveau Gabon : Quel avantage présente la titrisation de la dette due aux entreprises par l’Etat?

Frédéric Yifomnjou : Le principal avantage c’est que les entreprises, lorsqu’elles détiennent des créances auprès de l’Etat, ces créances sont considérées comme des actifs illiquides. Bien sûr ce sont des actifs certes financiers, mais des actifs illiquides. Les entreprises ne peuvent pas mobiliser ces créances auprès d’une banque pour obtenir une avance ou tout autre financement. Dans le cadre de la titrisation, ces créances sont transformées en titres négociables. Et dans le projet en cours mis en place par le ministère de l’Economie, la titrisation offre aux détenteurs de titres un certain nombre d’emplois. Les titulaires de ces titres par exemple pourront les revendre auprès d’un agent à capacité de financement pour accéder aux ressources financières. Les entreprises peuvent également utiliser ces titres comme collatéral auprès des banques c’est-à-dire qu’elles peuvent nantir ces titres pour obtenir un crédit, elles pourront utiliser ces titres comme caution dans les marchés publics et même pour régler les arriérés d’impôts auprès de l’administration fiscale.

FY : Au-delà de ces avantages qu’offre la titrisation, est-ce que les entreprises gabonaises, aujourd’hui asphyxiées par les arriérés de paiement de l’Etat, ont suffisamment le courage pour d’attendre l’issue de ces échéances ?

C’est la raison pour laquelle j’insiste sur l’une des stratégies d’allocation des titres. Cela revient à dire qu’il ne faut pas donner une seule ligne de valeur mobilière qui porterait peut être sur cinq ou dix ans à ces titres. Mais l’on peut proposer plusieurs tranches de valeurs mobilières. Ce qui signifierait par exemple que si une entreprise a une créance de 50 milliards de FCFA auprès de l’Etat, on ne remettra cinquante titres d’une valeur de 1 milliards de Fcfa, avec une maturité unique. Mais par contre, ce seront plusieurs titres avec des maturités différentes. Donc, si c’est cinquante titres d’une valeur d’un milliard, on peut remettre 10 titres pour d’une maturité d’un an, 10 autres titres avec une maturité de deux ans, 10 autres titres avec une maturité de trois, quatre ou cinq ans. Ça permet à l’entreprise de mieux planifier l’entrée de ses ressources. Donc on peut gérer cela en étalant sur plusieurs années, au lieu de le faire sur une seule année.

FY : On sait que la cession des titres entraîne souvent une décote de leurs valeurs ; est ce que l’Etat peut garantir ou encadrer les transactions sur le marché secondaire ?

La décote résulte parfois de la négociation entre le créancier de l’Etat qui possède les titres, et l’investisseur qui veut les racheter. Ainsi par exemple, il s’agira pour l’investisseur ou le créancier de dire : « écoute, j’ai confiance en l’Etat, je sais que l’Etat va me payer mes titres. Si vous voulez les racheter, c’est parce que vous en avez besoin et je peux vous accorder tel niveau de décote ». Mais, dans le cadre de la mise en place de l’opération, qui est encore dans sa phase initiale, l’Etat peut encadrer les transactions sur ce marché et limiter ainsi les décotes possibles. L’Etat pourrait par exemple dire que pour les titres d’une maturité de deux ans, la décote est limitée à 10% ; les titres d’une maturité de trois ans, bénéficieront d’une décote de 20%. L’Etat, dans son rôle régalien, peut limiter ou encadrer ces opérations sur le marché secondaire.

FY : A quel niveau se trouve la conception de ce projet qui engage l’Etat gabonais et la BVMAC ?

Nous sommes dans sa phase initiale. En fait, avant de travailler dans une équipe, il faut que les gens puissent se familiariser avec un certain nombre de concepts, assimiler un certain nombre de mécanisme. C’est l’une des raisons pour laquelle nous avons organisé un séminaire il y a quelques semaines. Après cette phase, il y aura certainement une formation avec les créanciers de l’Etat pour qu’ils puissent également avoir l’information exacte sur ce mécanisme. C’est après cela qu’on pourra mettre les équipes d’intervention qui vont travailler dans ce projet.

FY : Quelles sont les différences qui existent entre la titrisation et les autres mécanismes de recyclage de la dette ?

La différence entre la titrisation et les autres mécanismes de recyclage de la dette réside dans la capacité du titulaire à négocier ou pas. Il y a par exemple le rééchelonnement, qui est l’un des mécanismes les plus utilisés et qui consiste à différer le règlement d’une dette de quelques années. La différence par exemple entre ce mécanisme et la titrisation- qui elle-même est une sorte de rééchelonnement, c’est qu’on reçoit des titres ou des instruments financiers qui ouvrent la voie à une négociation sur un marché secondaire et autre. Ce qui n’est pas possible dans le cadre du rééchelonnement où l’on reste prisonnier des actifs dont on est titulaire.

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