L’entretien accordé par le président gabonais Ali Bongo Ondimba au journal marocain Le Matin

L’entretien accordé par le président gabonais Ali Bongo Ondimba au journal marocain Le Matin
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() - Présent à Marrakech dans le cadre des travaux de la 22e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 22) qui se déroule jusqu'au 18 novembre dans la cité ocre, le chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, revient sur les enjeux de cette grand-messe mondiale ainsi que sur le partenariat stratégique qui existe entre le Gabon et le Royaume du Maroc, considérés par certains comme l’illustration d’une coopération Sud-Sud dynamique et diversifiée.

Monsieur le Président, vous êtes à Marrakech pour participer à la COP 22, une rencontre décisive sur l’avenir de la planète. Quel est votre sentiment de voir cet événement se tenir en terre africaine ?

Ali Bongo Ondimba : L’Afrique a des solutions à proposer. Elle doit prendre sa part dans la résolution des défis des changements climatiques, notamment dans la révolution des énergies renouvelables afin que sa jeunesse et celle de la planète tout entière reçoive en partage une terre où chacun aura sa place et où l'égalité des chances fera écho à l'égalité des droits. Pour y parvenir, il faut une action combinée des États et du secteur privé. Il faut du courage et de l'imagination. Il faut de la solidarité, car nul n'échappera au funeste sort qui nous attend tous si le devoir de solidarité ne s'imposait à tous. En effet, l'Afrique ne saurait soulever seule un tel fardeau.

Aujourd'hui, nous ne sommes peut-être plus aveugles aux conséquences du dérèglement climatique, mais il nous faudra faire bien plus qu’ouvrir les yeux pour éviter une tragédie humaine générale. Il nous faut donc changer, car comme l'avait déjà compris Darwin, «les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements». Parce que cette 22e Conférence des Parties se tient en terre africaine, notre continent saura prendre ses responsabilités, et s’inscrire dans le temps de l’Action.

Votre engagement en faveur de la protection de la faune africaine est connu. La défense de la nature et la préservation de l’environnement vont de pair. Quelles sont vos attentes de la COP 22 ?

Il y a bientôt un an, la COP 21 réalisait, à Paris, un accomplissement remarquable dans la longue marche vers un climat et un monde durables. Au moment où s'ouvrait la COP 21, les attentes étaient nombreuses et relevaient de l'impérieuse nécessité d’œuvrer en vue de la préservation de la vie humaine sur Terre. C'est donc avec une certaine satisfaction qu'on a pu constater l'universalité de l'Accord de Paris, son caractère relativement contraignant.

Il nous faut désormais aller au-delà des principes. Le temps est venu de l'action afin de confirmer et rehausser l'ambition. Le grand défi de l'heure est le suivant : comment développer nos pays et lutter contre la pauvreté en construisant les infrastructures nécessaires pour assurer la croissance tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre ? Quelle agriculture adopter pour permettre l’autosuffisance alimentaire ? Quelle énergie pour assurer le développement autant que les besoins de base des populations ?

Notre action doit s’inscrire avant tout dans la délicate conciliation entre développement économique et protection de l’environnement. Il s'agit là d'un enjeu majeur dont le Gabon a fait une priorité nationale. En effet, le développement en soi n'est ni bien ni mal. C'est la façon de se développer qui est bonne ou mauvaise, propre ou sale.

Il ne s'agit donc plus de dompter à tout prix la nature. Il s'agit de négocier avec elle, comme nos anciens ont toujours su le faire. Il est avéré aujourd'hui que l'Afrique sera, si rien n'est fait, le continent le plus durement touché, alors même qu’il n'est responsable que de 4% des émissions mondiales, au point que, en moyenne, un Africain consomme en huit ans autant d'énergie qu'un Américain en un mois. Il est dans l'intérêt de tous que de tels écarts soient réduits, non pas en consommant plus, mais en consommant mieux, durablement.

Mais, comme je l'ai dit à Paris, l'heure n'est plus au débat entre le Juste et l'Injuste. L'heure est définitivement à l’Action. Et, comme il l'a toujours fait, le Gabon reste déterminé à tenir ses engagements pour réussir un développement industriel socialement responsable et durable, car la conscience environnementale n'est pas une idée neuve dans notre pays.

À la veille de la COP 21, nous avons été le premier pays africain à soumettre notre contribution nationale et nous nous sommes engagés à réduire de moitié nos émissions à l’horizon 2025. Nous avons mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs, à commencer par la protection de la forêt, la réduction du torchage de gaz associé à l’exploitation pétrolière et la mise en place d’un plan de développement industriel à faible intensité carbone. C’est l'objet même du «Plan stratégique Gabon émergent» qui répond aux termes de notre contribution en prenant appui sur un outil majeur : le Plan national d’affectation du territoire (PNAT) dont la fonction est d’adresser une orientation à chaque zone du territoire afin de mettre en valeur les ressources, de minimiser le risque de conflit entre les usages incompatibles, et d’optimiser les opportunités en termes d’usages multiples et compatibles. Et, pour assurer une effectivité maximale au PNAT, nous avons créé l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales qui permet une surveillance précise de notre territoire grâce à l’acquisition et au traitement d’images satellitaires ciblées. Ce formidable outil est à la disposition des pays frères.

Le Maroc et le Gabon sont deux pays frères. Leurs liens sont indéfectibles. L’opinion publique marocaine, d’ailleurs, vous identifie toujours comme l’un des plus fervents défenseurs du retour du Maroc à l’Union africaine (UA). Comment évaluez-vous la demande marocaine, récemment déposée, et comment comptez-vous appuyer cette demande légitime ?

J’ai toujours dit que le fait que le Royaume se trouve hors de cette institution, dont il est pourtant un des pays fondateurs, et en dépit des bonnes relations qu’il entretient avec ses membres, était une anomalie. Le Maroc est appelé par ses pairs africains à retrouver sa place au sein de l'UA, et cela se fera. Nous sommes de ceux qui œuvrent dans l'intérêt du continent, et le développement harmonieux de l'Afrique passe évidemment par le resserrement des liens. Notre histoire, nos cultures et notre avenir nous le commandent.

Dixième client et troisième fournisseur du Maroc, le Gabon entretient des relations politiques et des liens de fraternité avec le Royaume chérifien depuis 1972. Les deux nations partagent une même vision pour l’Afrique : le développement économique, tourné vers un plus juste partage de la croissance, conjugué à la stabilité et à la sécurité régionale, forme le socle d’un avenir commun à fort potentiel, au bénéfice des populations. L'exemplarité des liens qui unissent le Maroc et le Gabon est une réalité qui se passe de toute réserve. Et le Royaume doit retrouver sa place naturelle dans l’institution panafricaine pour remplir pleinement un rôle moteur alors que le continent fait face à des défis inédits.

Un élan de solidarité socio-économique très fort est en train de se développer sur le continent. La coopération Sud-Sud est de plus en plus une vision commune entre les pays africains. En tant que leader africain, pensez-vous que cela signifie que l’Afrique est en train de s’émanciper et de se prendre en charge ?

À l’image du partenariat stratégique qui existe entre le Gabon et le Royaume du Maroc, illustration d’une coopération Sud-Sud dynamique, diversifiée et exemplaire, le continent entre dans une nouvelle ère, celle d’un développement autonomisé. Désormais, l’Afrique fait entendre ses voix propres et porte de grands projets.

Nous croyons beaucoup à la mise à niveau des ressources humaines, qui engage déjà un courant de retour vers leurs terres d’origine des meilleurs talents partis se former ailleurs. C’est un élan de solidarité humaine qui apparait comme un signal historique : les Africains entendent exprimer leurs capacités pour faire aboutir le grand destin qu’ils se sont donné.

Demain, nous serons plus forts dans le concert des nations, plus pertinents dans les échanges commerciaux et plus unis sur le plan de l’affirmation culturelle. C’est notre ambition. C’est l’ambition de tout un continent dans un esprit de paix, de coopération, de dialogue et de partage.

Synclair Owona avec Le Matin.ma 

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