Pour Julien Nkoghe Bekale, la dévaluation du franc CFA n’est pas à l’ordre du jour

Pour Julien Nkoghe Bekale, la dévaluation du franc CFA n’est pas à l’ordre du jour

() - Dette, fiscalité, économie, santé, énergie et eau constituent, entre autres, les sujets sur lesquels le Premier ministre s’exprime dans cette interview accordée à la presse locale ; le chef du gouvernement évoque la situation des logements sociaux, l’avancement des travaux de construction des infrastructures routières et du renforcement du cadre démocratique.

Dans votre déclaration de politique générale, vous avez reconnu que l'heure était arrivée pour que les Gabonais se parlent à nouveau, promettant même de mettre en place des cadres de dialogue. Or, plusieurs mois après, le climat politique demeure crispé. Qu'envisagez-vous concrètement pour renouer le fil du dialogue entre toutes les forces vives du pays ?

Permettez-moi de lever une équivoque et de poser une question : pour se parler ou réapprendre à se parler, les Gabonais ont-ils besoin d’une grande messe ? Je ne pense pas. Je pense que le Conseil national de la démocratie est le cadre approprié pour les acteurs politiques. Au demeurant, le message de nos compatriotes à l’élite n’est pas l’organisation d’un énième dialogue politique.

Après le Dialogue politique d'Angondjé et la mise sous ordonnancement juridique des actes de ce Dialogue, la majorité des instances prévues sont désormais en place, dont la nouvelle Assemblée nationale pluraliste et le nouveau Conseil économique social et environnemental.

Ce que nos compatriotes nous demandent, jeunes comme moins jeunes au quotidien par divers canaux, c’est de pouvoir se soigner quand ils sont malades, c’est de faire scolariser leurs enfants dans des conditions décentes, c’est de pouvoir manger à leur faim, de vivre dans un environnement sécurisé, c’est d’avoir tous, accès à l’eau et à l’électricité, de circuler sur des routes praticables en ville ou en campagne, d’avoir accès à un emploi ou être placé en situation de s’en créer un.

Face à ces demandes, j’estime qu’un dialogue multidimensionnel permanent entre Gabonais doit être à la fois un fluidifiant, mais également le socle d’une parfaite oxygénation de la vie politique et sociale. Dans les entreprises, comme dans les administrations, le dialogue doit être de mise pour prévenir tout type de conflit.

Je viens d’instruire formellement l’ensemble des membres du gouvernement d’y veiller scrupuleusement.

Entre institutions, j’ai réaffirmé, le 26 février devant la représentation nationale, les bonnes dispositions du gouvernement à travailler en cohérence avec le pouvoir législatif, dans le respect des dispositions de notre Constitution. Au sein de l’Assemblée nationale même, la pluralité des profils politiques devra favoriser l’expression d’un débat démocratique ouvert et républicain.

J’ai participé récemment à une réunion extraordinaire du Conseil national de la démocratie qui précédait de quelques jours, la première Session annuelle du Conseil économique, social et environnemental.

Tout ceci pour dire que les instances d’un dialogue permanent et dynamique existent désormais ; elles sont toutes en place sur les plans politique, législatif et social pour parler en leur sein du Gabon. De ses atouts comme de ses difficultés, sans tabous mais en toute légalité.

Circuler à Libreville et ses environs devient très compliqué à cause de l'état des routes. Les gouvernements se succèdent, s'engagent dans des déclarations, mais finalement pas de grands changements. Les travaux sont lancés, mais ont du mal à aller à leur terme. Qu'est-ce qui peut justifier cette situation et garantir que votre gouvernement ne connaîtra pas les mêmes difficultés quant à la route de manière générale et les voiries urbaines en particulier ?

J’ai déclaré, devant la représentation nationale, que la route constituait pour le gouvernement une priorité. Je ne souhaite ni faire d’annonces démagogiques ni promettre autre chose que ce que le gouvernement sera en mesure de faire sur ce point précis. Tous les efforts tendant à contracter nos dépenses et à optimiser nos recettes visent en grande partie, à se donner les moyens du financement de ce chantier.

Comme je l’ai dit dans ma déclaration de politique générale, nous allons mettre en œuvre, un modèle innovant de contrat de maintenance de l’ensemble du réseau routier en nous appuyant entre autres, sur la remise sur pied des régies et subdivisions des travaux publics.

Dans ce sens, je viens de fixer une feuille de route précise au ministre des Infrastructures qui devrait permettre une amélioration substantielle du réseau routier d’abord à partir des voiries de Libreville vit plus de 60 % de la population gabonaise, mais aussi sur la Nationale 1 du PK12 au PK105. Les routes départementales qui relient les capitales départementales aux chefs-lieux de provinces ne sont pas en reste.

Vous avez exprimé votre volonté de renforcer les recettes fiscales de l'Etat. Ce qui pourrait impliquer la création de nouveaux impôts. Ou tout au moins l'augmentation des taux existants. Cela au moment où votre gouvernement prône la lutte contre la vie chère. Il y a là comme une contradiction. Pensez-vous que dans la situation actuelle, les Gabonais et même les entreprises soient disposés à faire face à de nouvelles charges fiscales ?

Accroître les recettes de l’Etat est une exigence. Ce n’est pas une option. Je dirais même qu’il s’agit d’une obligation au regard de l’immensité des besoins de nos compatriotes, besoins qu’il faut bien financer. Pour ce faire, nous accorderons des moyens importants aux administrations fiscales et douanières en vue, non seulement de lutter contre la fraude, mais également de les inciter à la performance budgétaire. Nous allons également voir, à travers une étude, comment envisager l’instauration d’une justice fiscale, fût-elle symbolique.

Tous les citoyens doivent contribuer à l’effort fiscal. L’impôt doit devenir un élément central de la citoyenneté. De même, sans avoir à augmenter de manière inconsidérée la pression fiscale, il faudra élargir l’assiette fiscale, notamment en touchant des domaines comme l’habitation et en luttant contre l’informel. Il s’agit d’abord et avant tout d’améliorer le fonctionnement et la performance.

En tout état de cause, la situation actuelle du pays appelle la solidarité de ses filles et fils et je suis convaincu que si l’intérêt supérieur du pays était mis en cause, ils seraient disposés à participer aux efforts collectifs pour son développement.

Dans une note circulaire sur la gestion budgétaire qui donne les grandes orientations sur l’exécution des crédits pour l’exercice 2019, vous avez décidé de redonner aux ministres l’entière responsabilité dans la gestion et l’exécution de leur crédit budgétaire. En quoi cette nouvelle approche va-t-elle permettre d’une part une meilleure exécution des projets et d’autre part une appropriation des missions assignées à chaque département au moment où les problèmes de trésorerie se posent dans presque toutes les administrations ?

Par cette mesure, je veux rendre les ministres responsables de la gestion de leurs budgets et de la mise en œuvre de leurs plans d’action. Les membres du gouvernement ne pourront plus ainsi se cacher derrière les responsables de l’administration qui du reste, ne sont pas exemptes de tout reproche. Dans le passé, cette prérogative des ministres était déléguée systématiquement aux autres acteurs de la chaîne de management du budget que sont les directeurs centraux de l’administration des finances (DCAF) ou plus tard les responsables de programmes. Ces derniers, ne dépendant pas dans la plupart des cas des ministres, avaient tendance à outrepasser le pouvoir de ces derniers en ne rendant pas compte de leur gestion.

L’innovation principale dans le présent exercice budgétaire c’est que les ministres peuvent disposer eux-mêmes de cette mission d’ordonnateur principal soit directement soit indirectement à travers la désignation de collaborateurs qu’ils auront eux-mêmes choisis. J’irai même plus loin en demandant au ministre en charge du Budget de me rendre compte mois par mois de la situation de l’exécution du budget et de prendre des mesures correctives en cas de non-exécution normale du budget.

Le programme triennal avec le FMI prend officiellement fin en avril 2020. Nous sommes donc quasiment à l’heure du bilan. Pensez-vous que l’Etat ait atteint ses objectifs à travers le Plan de relance économique fortement critiqué par les partenaires sociaux ? Sur le même aspect, le spectre d’une dévaluation du FCFA est-il définitivement éloigné?

La dévaluation du FCFA n’est pas à l’ordre du jour. La CEMAC est engagée dans un processus de réforme des finances publiques avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Parmi les Etats de la sous-région, notre pays fait office de bon élève. Le Plan de relance de l’économie que nous mettons en œuvre s’inscrit dans cette dynamique.

Bien sûr, les mesures préconisées peuvent apparaître difficiles pour nos partenaires sociaux, mais elles sont salvatrices, sur le moyen long terme pour les Gabonais. C’est dans cette optique qu’il faut comprendre les dernières mesures annoncées par le Gouvernement et portant, entre autres, sur la réduction des effectifs de la main-d’œuvre non permanente, le gel des recrutements à la Fonction publique, la rationalisation des bourses d’études ou encore les baisses sur les hauts salaires. L’objectif du Plan de relance de l’économie et des réformes annoncées est non seulement de rééquilibrer les comptes publics mais également de permettre à l’Etat de disposer des ressources indispensables au financement des besoins sociaux des Gabonais.

Le Gabon est aujourd’hui présenté sur la scène internationale comme un pays surendetté (60 % du PIB) et qui éprouve beaucoup de difficultés à rembourser ses créanciers internationaux et locaux. Quelle est votre stratégie pour collecter de nouvelles ressources et freiner cette frénésie de l’emprunt ?

La dette n’est pas une mauvaise chose en soi et tous les pays se financent et se construisent par l’endettement. Je ne connais pas de pays qui se soit développé uniquement de manière endogène en ne s’appuyant que sur ses seules ressources propres. Cela dit, je fais remarquer que notre taux d’endettement estimé aujourd’hui à 64 % du PIB est toujours en dessous du seuil limite de rigueur dans la zone CEMAC. Ce qui est important c’est que notre dette doit être reprofilée, le Gouvernement s’y attèle. Je signale par ailleurs que nos efforts sont prioritairement orientés vers le remboursement de la dette intérieure, bilatérale et multilatérale. Cette exigence de crédibilité de notre signature nous prive de ressources qui auraient pu être affectées aux secteurs prioritaires.

La question du logement se pose toujours avec acuité au vu de l’échec de la quasi-totalité des projets lancés par le gouvernement et les structures dédiées à leur promotion. Comment comptez-vous relancer tous ces chantiers à l’abandon et garantir leur livraison aux populations ?

S’il y a un dossier sur lequel nous avons échoué, c’est bien celui du logement. Je ne reviendrai pas sur les raisons de cet échec qui sont multiples et variées. Ce qu’il faut retenir de nos ambitions à ce niveau c’est que nous poursuivrons la mise en œuvre des différents projets entamés ou arrêtés avec l’exigence d’une meilleure gouvernance.

Le secteur de l'énergie fait quand même partie de ceux qui compliquent, ces derniers temps, de plus en plus la vie des Gabonais en général, et des Librevillois en particulier. Des coupures d'eau et d'électricité en permanence. Aujourd'hui le groupe Veolia est parti, l'Etat est a repris son bien. Les populations se demandent vers qui se tourner maintenant pour que s'améliore cette situation qui les accable de plus en plus ?

L’eau et la lumière sont vitales. C’est pour cette raison que j’ai demandé au ministre en charge du secteur de réfléchir sur la mise en œuvre d’une grande initiative de l’eau et de l’électricité appelée ; « eau pour tous, électricité pour tous ». Au sujet de Veolia, l’Etat a effectivement repris la gestion de la Seeg au travers de son bras séculier qui est la société de patrimoine. J’ai demandé un diagnostic de tous les équipements de production transport et distribution en eau et en électricité aux fins de mener une action qui porterait aussi bien sur l’entretien de l’existant que sur le financement de nouveaux ouvrages.

Pour la phase d’entretien, instruction a été donnée au ministre en charge de l’Energie pour qu’un rapport détaillé me soit présenté dans des délais raisonnables. En matière d’eau particulièrement, un grand effort sera fait pour l’amélioration des rendements de réseau, car il semble que c’est à ce niveau principalement, que la SEEG rencontre le plus de difficultés.

D’une manière générale, nous combinerons la poursuite de la mise en œuvre des mesures présidentielles d’urgence du ressort avec des nouvelles initiatives dans le but d’atteindre notre objectif d’accès de tous à l’eau et à l’électricité.

Monsieur le Premier ministre, parmi les autres secteurs qui préoccupent également les Gabonais il y a ceux de l'Education et de l'Enseignement supérieur. Qu'en est-il de la situation administrative des enseignements non-salariés qui ne touchent que des vacations dont vous avez prédit la suppression ?

Je vous invite à relire les termes exacts de ma déclaration de politique générale cela vous aiderait à mieux informer les Gabonais qui veulent vraiment savoir et qui sont concernés par ces sujets. De même cela permettrait de confondre ceux qui cherchent à distraire et tromper au moment où le Gouvernement prend des décisions courageuses dans la recherche de l’équité et de la solidarité.

J’ai clairement expliqué, le 26 février, devant les députés, qu’en dépit de nos engagements contractuels avec les instances financières internationales, en dépit de nos contraintes budgétaires, en dépit de la charge, devenue insoutenable, de notre masse salariale et en dépit enfin, de l’option des réformes qui implique une forte obligation de contraction de dépenses, notre bon sens politique ne pouvait nous permettre d’ignorer la situation de milliers de nos jeunes compatriotes formés, employés par les administrations et dont les dossiers demeurent en instance.

En conséquence nous avons décidé, sur instructions du président de la République, chef de l’Etat, de procéder à la régularisation de leurs situations. Les enseignants sont naturellement concernés au premier chef par cette importante mesure.

J’ai eu l’occasion de la redire de vive voix à certains des membres de cette corporation qui avaient pris l’habitude, sans doute mal informés, de s’installer devant mes bureaux à la Primature.

Ceci me donne l’occasion de tordre le cou à une autre information galvaudée tendant à faire dire que j’ai décrété la suppression des vacations.

Ce que j’ai dit, et que les enseignants eux-mêmes, notamment ceux qui se retrouvent avec un important surcroît de travail en termes de correction de copies d’examen ne sauraient contester, est qu’il faut mener une action forte contre les abus qui gangrènent ce secteur et alourdissent d’année en année l’enveloppe destinée à cette dépense.

J’ai donc annoncé la conduite d’une réflexion/action sur les payements de vacations afin de mettre un terme à ces abus et réduire la taille de cette enveloppe de manière à ce que cette ressource ne profite qu’aux seuls vrais ayants droit.

Les enseignants eux-mêmes, principales victimes de ce désordre, seront pleinement associés à ce nécessaire nettoyage des écuries d’Augias.

Comment comptez-vous endiguer l’insuffisance en ressources humaines et améliorer le financement des hôpitaux, garantir la qualité des soins dans nos établissements, l'entretien des plateaux techniques et résoudre les dettes vis-à-vis des structures hospitalières et des pharmacies qu’accumule la CNAMGS ?

Le secteur de la santé est celui dans lequel l’Etat a le plus investi ces dernières années. Le gouvernement va poursuivre cet effort, dans l’optique d’une meilleure rationalisation territoriale et d’une bonne gouvernance. La gouvernance des CHU et des centres hospitaliers régionaux (CHR) sera facilitée par l’application stricte des décrets portant organisation de ces établissements ; elle vise à en améliorer la gestion avec pour objectif, d’avoir une meilleure qualité des soins. En outre, le gouvernement va s’attaquer à la lancinante question de la disponibilité des médicaments dans les centres de santé. Sur ce point, j’ai instruit le ministre de soumettre très rapidement au gouvernement, une politique efficiente du médicament.

PcA avec la presse locale

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