« L’Afrique peut faire mieux si elle parvient à améliorer le recouvrement des impôts », dixit Vera Songwe

« L’Afrique peut faire mieux si elle parvient à améliorer le recouvrement des impôts », dixit Vera Songwe

() - En vue d’un financement efficace du processus de développement des pays africains, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) a lancé un appel à l’amélioration de la politique fiscale ainsi qu’à l’élargissement de la base d’imposition.

C’était à la faveur de la 38ème réunion du Comité d’experts de la Conférence des ministres africains des Finances, de la planification et du développement économique, débutée ce 20 mars, à Marrakech au Maroc, en prélude à la réunion des ministres.

Ce message a été porté par la Secrétaire exécutive de la CEA, Vera Songwe (photo), lors de son allocution d’ouverture à cette rencontre. Selon elle, « la capacité d’accroître le recouvrement des recettes est essentielle pour la capacité de financer son développement, en particulier l’Agenda 2030 pour le développement durable et l’Agenda 2063 de l’Afrique », a-t-elle indiqué.

Avant d’ajouter « qu’une économie typique du continent prélève environ 16% de son PIB en impôts, à l’exception des pays comme le Maroc qui en collectent au moins 25% ». A titre d’exemple,  Mme Songwe a révélé que « l’Afrique du Sud et le Rwanda font partie des pays qui sont en mesure de tirer parti des nouvelles technologies pour accroître la collecte de recettes ».

A propos du potentiel de l’Afrique, elle a indiqué qu’il a toujours été prometteur. « Avec une population croissante en âge de travailler, des terres arables abondantes et une multitude d’autres ressources, le continent dispose de toutes les conditions préalables à une transformation économique rapide au cours de la prochaine décennie », a-t-elle précisé.

Elle a cependant émis des réserves sur la garantie de la disponibilité de ressources publiques adéquates et d’investissements de qualité. Car « afin d’engendrer un changement structurel, elle requiert des politiques réactives favorisant la viabilité des finances publiques, optimisant les rendements de l’activité économique et permettant aux économies de participer pleinement à un monde de plus en plus interconnecté et mondialisé ».

Déclinant la vision de la CEA, elle a souligné que le processus mis en œuvre en vue de financer plus efficacement, plus rapidement et plus équitablement la croissance africaine reste à l’étude. Tout comme la méthode à mettre en œuvre afin que la jeunesse puisse participer à cette croissance recherchée.

« Nous pouvons le faire en veillant à avoir une bonne politique fiscale. Nous voudrions être comme le Maroc qui se retrouve à 25% et qui peut réellement stimuler sa croissance », a-t-elle déclaré.

En outre, a-t-elle fait savoir : « L’Afrique pourrait augmenter ses recettes de 3% du PIB en remédiant à ses contraintes fiscales en matière de capacité. En outre, en harmonisant mieux les taux d’imposition et les recettes fiscales avec les cycles économiques, les pays peuvent augmenter les recettes publiques de 5% ».

Elle a également déploré le fait que les perspectives de croissance à moyen terme, comprises entre 3 et 4% restent insuffisantes pour stimuler la qualité des investissements qui créeront des emplois et accéléreront la croissance inclusive.

Par ailleurs, « Alors qu’il ne nous reste qu’un peu plus d’une décennie pour réaliser les Objectifs de développement durable, il est impératif de révolutionner la portée et les mécanismes de mobilisation des ressources nationales pour combler le déficit de financement, promouvoir la stabilité macroéconomique et limiter les emprunts extérieurs », a-t-elle relevé.

Enfin, Mme Songwe a évoqué l’importance de la numérisation et de l’économie numérique dans la stimulation de la croissance et l’optimisation des performances budgétaires du continent. Selon elle, le continent devra former à nouveau ses jeunes pour s’assurer que l’Afrique exploite pleinement l’ère numérique mais, ajoute qu’il est important de protéger les citoyens et les données du continent.

« Nous traversons une nouvelle ère où nous deviendrons vulnérables à nos données si nous ne savons pas comment les gérer et bien les gérer. Nous devrons nous assurer que nous disposons de bonnes institutions pour protéger les individus et les Etats souverains à mesure que nous progressons », a conclu Mme Songwe.

Stéphane Billé

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