Christian Magnagna : « l’économie minière doit être citoyenne »

Christian Magnagna : « l’économie minière doit être citoyenne »
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() - Vous avez effectué une visite dans les compagnies minières basées dans le Haut-Ogooue avec le Premier ministre, il y a quelques semaines. Quel était l’objectif de cette descente sur le terrain ?

Avant de développer votre question, je voudrais rappeler que le Premier ministre s’est rendu à Owendo, pour visiter les ports minéraliers qui sont des infrastructures nouvelles et qui vont accélérer les cadences d’exportation de nos minerais. Le secteur minier ne peut mieux prospérer que si les capacités d’exportation sont disponibles. C’est le cas de rendre hommage à cet investisseur pour la réalisation de ce port minéralier en partenariat public-privé, et qui va permettre de recevoir l’ensemble des productions minières du sud du Gabon.

Pour ce qui est de la descente à Moanda, le Premier ministre a tenu à mettre son doigt sur la réalité du cluster minier Moanda-Franceville qui est en développement en ce moment. Le cluster minier Moanda-Franceville comprend le développement et l’intensification de la production de manganèse de Moanda et la découverte de nouveaux sites miniers du côté de Franceville. Nous avons également rencontré l’ensemble des opérateurs de la filière afin de toucher du doigt les réalités du secteur, les projets développés par les opérateurs et les perspectives. Et nous nous sommes réjouis dans le cadre de Noga Mining, qu’il y ait un nouvel opérateur qui est en train de s’installer dans le Haut-Ogooue avec une capacité de production actuelle de 300 000 tonnes de manganèse par an, qui viennent s’ajouter à ce qui se fait déjà. L’entreprise Noga Mining dans sa perspective de développement, envisage d’implanter une usine qui va développer près de 2 millions de tonnes de manganèse par an qui vont s’ajouter à la production actuelle du Gabon et consolider la position de leader de notre pays dans les exportations de manganèse.

On parle ces derniers temps de la relance de l’économie nationale. S’agissant de votre département ministériel, en quoi consiste sa stratégie pour contribuer à ce programme gouvernemental ?

Le secteur minier a sa partition à jouer dans le cadre de la relance de notre économie. Et notre stratégie vise à attirer des investissements directs étrangers. Ce qu’il faut rappeler c’est que le Gabon regorge de ressources minérales, mais qui n’ont pas été suffisamment valorisées. Tous les investissements miniers que nous avons reçus jusqu’à cette date, n’ont pas permis de déceler l’ensemble des ressources minérales dont regorge notre pays. Donc l’une des missions que nous avons reçues, c’est de renforcer l’inventaire des ressources minières susceptibles d’être développées par des opérateurs économiques, mais aussi d’en faire la promotion.

Vous parlez très souvent d’attractivité en quoi consiste-t-elle effectivement ?

L’attractivité, c’est d’abord connaître notre ressource, savoir ce que nous avons pour pouvoir la faire connaître et attirer des investissements directs étrangers. Ceci ne s’adresse pas seulement aux investisseurs étrangers, mais également aux Gabonais, soucieux de se lancer en affaires dans les métiers de la mine. L’attractivité concerne également l’allègement des procédures administratives, un assouplissement des mesures dans la transparence afin de pouvoir rassurer la plupart des opérateurs du secteur pour qu’ils viennent au Gabon.

L’objectif vise à vulgariser l’économie minière et les métiers de la mine. Parce que beaucoup pensent que la mine nécessite de gros investissements. Mais elle peut également intéresser de petits opérateurs intéressés à valoriser nos ressources qui sont de l’or, du fer, du manganèse parce qu’il y a encore des carrières de manganèse à ouvrir, des carrières de cobalt et bien d’autres ressources qui s’offrent à la fois aux investissements directs étrangers et aux opérateurs locaux.

Comment s’articule le développement du secteur minier au Gabon aujourd’hui ?

Le développement du secteur minier se fait sous l’autorité du président de la République qui croit fermement, à l’instar de ce que les autres pays ont réalisé, que les mines gabonaises sont capables d’apporter énormément de bien-être aux populations gabonaises. Je parle de la contribution au niveau du budget de l’Etat, de la contribution pour le bien-être, de la contribution à la croissance inclusive, donc dans les périmètres où se développent ces mines. Les mines apportent une contribution au PIB qui tourne autour de 2%. L’objectif à moyen terme est de la porter à plus de 5% et de l’accroître parce que le Plan stratégique Gabon émergent attend que les mines apportent une contribution plus importante à l’horizon 2025.

Les mines sont une opportunité pour tous les Gabonais, parce que le chef de l’Etat y croit et il a dressé des instruments clairs et fixé des objectifs à atteindre. C’est également l’opportunité pour attirer des investissements directs étrangers parce qu’au regard de notre relief, de notre climat, de l’étendue et de l’absence de certaines infrastructures, cela s’adresse à des investisseurs directs étrangers et nous avons surtout des ressources stratégiques abondantes qui peuvent intéresser des investisseurs directs étrangers. Ce sont également des opportunités de création d’emplois et de carrière pour nos jeunes compatriotes qui vont sortir de l’Ecole des mines et de métallurgie de Moanda et qui s’adressent également aux miniers, aux géologues et à un éventail de cadres gabonais qui doivent venir nous rejoindre dans le processus de valorisation de la mine.

Dans cet environnement, quelle est la valeur ajoutée de la société équatoriale des mines ?

La société équatoriale des mines joue un rôle central dans le développement du secteur minier dans notre pays. Elle a une valeur stratégique. L’Etat a besoin d’un opérateur pour porter ses parts dans les entreprises qui opèrent dans le secteur au Gabon, et c’est donc le rôle de cette société de représenter l’Etat dans le capital de ces structures à l’instar de la Comilog et bien d’autres, de détenir ses parts et de les rentabiliser.

On a l’impression qu’elle n’est pas très visible sur le terrain et dans le paysage minier…

Aujourd’hui, la société équatoriale des mines, bien qu’elle ait été mise en place en 2012, présente un bilan qui n’est pas suffisamment visible par tous les acteurs et les citoyens, parce qu’elle n’a pas reçu toutes les diligences que doit lui concéder l’Etat et dont elle a besoin pour son développement. Notre mission aujourd’hui vise à réunir toutes les conditions techniques, les ressources humaines et financières pour permettre à cette société de jouer ce rôle de pendant des opérateurs miniers.

L’une des décisions que vous avez prises dans votre département ministériel c’est l’interdiction de l’exploitation illicite des granulats, des sables de carrière. Où en est-on ?

L’interdiction de l’exploitation des granulats dans le nord de Libreville et des carrières illicites fait justement partie des mesures que nous avons prises à notre arrivée. C’est-à-dire que nous avons des opérateurs qui exploitent de manière illicite des carrières de sable, de gravier, ou qui obtiennent des autorisations illicites pour creuser du sable dans le nord de la capitale, qui déplacent des pierres sans autorisation préalable de l’Etat. Et nous luttons contre ces exploitations illicites parce qu’il faut que les gens sachent que l’économie minière doit être citoyenne. C’est-à-dire que les acteurs qui sont concernés par l’exploitation des ressources minières doivent être citoyens : respecter la loi, respecter l’environnement, respecter le cadre dans lequel ils exercent ces activités minières.

L’interdiction visait quoi exactement ?

Nous avons pris des mesures de suspension de certaines carrières pour nous permettre de mener un audit en interne pour identifier les faiblesses au niveau du dispositif et nous avons commencé à rédiger un certain nombre de procédures qui sont en expérimentation, et voir comment les opérateurs réagissent à ces procédures. L’objectif est simple : exploiter la terre du Gabon, qu’il s’agisse du caillou ou du sable, doit obéir à un cadre. Celui-ci tient au cahier des charges conçu par les autorités et qu’il faut respecter. Qu’il s’agisse d’un exploitant dans le régime des mines ou dans le régime des carrières, l’objectif c’est de faire respecter le cadre. Et ce cadre va de plus en plus être exigible dès lors que nous attendons des mines une contribution beaucoup plus forte dans le produit intérieur brut, une contribution plus forte au niveau de la relance économique, une contribution plus forte en termes de créations d’emplois, en termes d’investissements, et de bien-être des populations.

L’autre disposition qui va être ajoutée, c’est celle qui va consister à intensifier les contrôles pour que les opérateurs économiques que nous avons, qu’ils soient gabonais ou des frères qui viennent d’autres pays pour renforcer la force de travail, respectent le code minier, les dispositions réglementaires, sociales et sociétales dont il est de notre responsabilité de veiller.

Auxence Mengue (avec la presse locale)

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