Jean-Marie Ogandaga, ministre de la Fonction publique : « Nous n’avons pas le choix, il faut nettoyer »

Jean-Marie Ogandaga, ministre de la Fonction publique : « Nous n’avons pas le choix, il faut nettoyer »
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() - Masse salariale, départs volontaires à la retraite, programme de réinsertion des retraités, main-d’œuvre non permanente, gestion du fichier solde et avancement des fonctionnaires et agents publics, le ministre de la Fonction publique et de la réforme administrative, père du nouveau système de rémunération, fait le bilan des réformes et des chantiers engagés dans son département ministériel.

Depuis que vous êtes arrivé à la tête de ce département, vous avez initié un certain nombre de réformes qui ont porté sur des aspects liés au bien-être des fonctionnaires, à la masse salariale et autres. Quel bilan peut-on en faire aujourd’hui?

Après avoir identifié de nombreux problèmes au sein de l’administration publique, notamment en ce qui concerne les rémunérations ou la gestion des agents, nous avons constaté qu’avant les agents étaient rémunérés sur la base du matricule. Conséquence : découragement des meilleurs agents, manque de perspective pour d’autres, pire encore une démotivation totale et une administration qui ne produit plus. Or, aujourd’hui, nous avons identifié clairement où était le problème.

Où se situait-il ?

Nous sommes allés dans les fondements de la gestion de l’agent public. C’est pour cette raison que nous avons mis en place des gestions de proximité. Nous avons changé les directions centrales du personnel (DCP) en direction centrale des ressources humaines (DCRH), nous avons supprimé les DCP et nous avons mis la gestion des ressources humaines parce qu’avant, on parlait de situation des personnels, or il se trouve que l’Etat n’a pas de personnels, mais il dispose de ressources humaines. C’est cela qui constitue la première ressource de l’Etat. Donc, nous devons être gérés comme une vraie ressource de la même manière qu’on gère les carrières ou la famille. Toutes ces choses n’ont pas été prises et vues de cette façon et c’est cela le but des réformes les plus fortes que nous avons menées jusqu’ici et qui concernent la gestion de l’agent public.

En quoi consiste-t-elle ?

Nous sommes passés d’une gestion de la personne à une gestion participative. Ça veut dire qu’il n’est plus question que les gens se déplacent du ministère du Budget pour venir à la Fonction publique connaître leur situation ; ils l’ont déjà in situ. Un exemple : si vous voulez connaître votre situation administrative, votre chef de service appelle le DCRH. A la fin de chaque fin du mois, pour nous, il n’est plus question que les gens aillent à la solde chercher un bulletin de salaire ; les DCRH reçoivent les fichiers de tous les agents de leur ministère, ils impriment les bulletins sur place, et les distribuent. C’est déjà une réalité aujourd’hui.

En matière de gestion de l’agent, qu’est-ce qui a changé ?

Nous sommes allés beaucoup plus loin. Nous avons fait quelque chose qui est inédit dans l’administration. Nous avons fait en sorte que tous les problèmes de recrutement et de gestion soient connus par les ministères et non plus par la Fonction publique. Ça veut dire que si un agent doit aller en stage, il ne saisit plus le ministre de la Fonction publique mais le directeur des ressources humaines et lui explique les raisons qui le poussent à vouloir aller en stage. Vous lui dites, par exemple, que dans mon emploi de journaliste, pour que je progresse, je dois aller apprendre à faire des piges, et je souhaite le faire en 6 mois, 8 mois ou un an. Et là encore, pour les formations de 6 mois, on accordait deux ans aux gens. Conséquence, l’Etat payait les deux années inutilement. Et lorsque les gens revenaient de formation, ils n’étaient pas dans un emploi supérieur, ils revenaient faire le même emploi.

Pourquoi ?

Parce que nous n’avions pas mis en place un cadre organique, nous n’avons pas mis en place des fiches de poste. Désormais, il y a des cadres organiques que nous avons mis en place.

A quoi renvoient ces cadres organiques ?

Ce ne sont pas des organigrammes ; le cadre organique c’est un module qui permet de connaître la taille réelle de l’administration en fonction des missions qui sont assignées par le gouvernement. Cela veut dire que pour moi par exemple, le cadre organique de mon cabinet renvoie à ma mission de formation, d’écriture de texte, etc. Et je regarde et j’évalue ce qu’il me faut en matière de ressources humaines pour réaliser cette mission et les qualifications. Parce qu'avant, lorsqu’on avait besoin d’un journaliste par exemple, on faisait venir quelqu’un du quartier et on le présentait comme tel ; quand ça ne marche pas, on ne voit pas qu’il y a une mauvaise ressource. On dira «pourtant il y a plusieurs personnes là-bas !» Oui mais des personnes qui ne savent pas faire le boulot.

La masse salariale de l’Etat reste décriée en ce sens que, comme le souligne la Banque mondiale, elle est devenue insoutenable?

La réforme nous a permis de réduire la masse salariale qu’on le veuille ou non. Nous avons annoncé 532 milliards en 2014, je vous invite à aller regarder la loi des finances de 2015 et de 2016, vous allez être surpris qu’elle ait diminué parce que tout le monde a chanté que la masse salariale était insoutenable. Insoutenable pour deux raisons : premièrement, on ne savait pas qui on payait, deuxièmement on ne savait pas pourquoi on payait. Parce que si vous avez des effectifs et que vous savez exactement pourquoi vous payez, vous ne pouvez pas dire que la masse salariale est insoutenable. Et si vous savez quel est l’effectif dont vous avez besoin par les cadres organiques, vous pouvez dire attention ! je paie 10 personnes alors qu’en réalité il m’en faut 20, il faut que je fasse des prolongations pour voir comment je peux arriver à ces 20 personnes-là. Mais si vous avez 40 personnes et que vous vous dites : « mais au fait, pourquoi je paie ces 40 personnes ? » c’est que vous êtes un parfait idiot. C’était donc ça notre situation. Et la situation la plus grave c’est qu’on a créé dans l’administration gabonaise des corps qui n’existaient pas.

Vous faites allusion à quels corps ?

La main-d’œuvre non permanente par exemple. Ce n’est pas une main-d’œuvre de l’Etat et nous l’avons créée au point de coûter plus de 35 milliards de Fcfa par an. Cette main-d’œuvre est ce qu’on appelait des auxiliaires d’appui à l’administration. Puisque la permanence se déroule au niveau de pôles de la Fonction publique. Ce sont les fonctionnaires, les militaires, les magistrats. Or, dans l’administration, on a une tranche de la population qui vient nous aider et qui devient permanente et qui coûte encore plus cher que le fonctionnaire. Ça aussi il fallait que l’on sache qui est dedans. Et on s’est rendu compte que cette main-d’œuvre n’était pas celle qui avait été annoncée. Conséquence, on est allé prendre les gens dans les villages et on en a rempli l’administration. Et aujourd’hui nous n’avons pas le choix : il faut nettoyer.

Si nous voulons une administration performante, il faut que nous spécialisions nos emplois et que nous le fassions correctement. C’est pourquoi nous avons mis en place des DCRH, les cadres organiques, avec les fiches de poste, la mise à jour des carrières et l’automatisation de tous les actes. Jusqu’alors, les actes se faisaient à la main ; mais aujourd’hui, tout est informatisé de telle sorte que s’il y a 10 personnes qui doivent avancer, on rentre les matricules dans la machine, le logiciel lit la dernière situation administrative, et l’agent a son avancement.

Nous avons créé la première carte biométrique professionnelle. Elle dispose de toutes les informations concernant l’agent. Il suffit de l’introduire dans un lecteur à codes-barres, et on a toutes les informations qui concernent le fonctionnaire. Nous l’avons mise en place ici à la Fonction publique. C’est une carte biométrique qui existe déjà et que nous avons vulgarisée. Aujourd’hui, on a de faux agents de la douane, de la sécurité, etc. qui ont été démantelés parce que nous n’avons pas sécurisé nos emplois, nos identités. Donc la carte biométrique est l’une des solutions, car elle est infalsifiable. Elle sera vulgarisée sur l’ensemble de l’administration gabonaise.

Où en êtes-vous avec la réforme sur les départs volontaires à la retraite?

Une des réformes les plus importantes que nous sommes en train de réglementer et que vous aurez dans les jours qui suivent concerne les départs volontaires à la retraite. Jusqu’à présent, il n’y avait qu’une seule porte. Les agents rentraient à la fonction publique et l’on ne pouvait pas démissionner parce que si vous démissionniez, alors vous perdriez tous vos droits. Aujourd’hui, la loi est faite de telle sorte que nous puissions non seulement démissionner, mais faire de notre carrière ce qu’on veut. Donc nous avons un programme de départs volontaires à la retraite qui a été mis en place depuis 2012 au Budget, mais dont nous n’avons pas partagé les fondements.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Quand vous faites des départs volontaires à la retraite, on ne crée pas des chômeurs parce que tel que les choses étaient faites, nous avons créé un chômage. Or, beaucoup de personnes peuvent se dire que c’est alléchant de partir parce que je reçois mes sous. Mais après, quand cet argent est épuisé, que devient la personne si elle ne s’insère pas quelque part ? C’est pourquoi nous avons mis en place ce nouveau programme de départs volontaires et de réinsertion, de telle sorte que si quelqu’un quitte la fonction publique, il a la possibilité de se réinsérer. Il s’insère dans le programme Graine par exemple, parce que nous avons constaté que beaucoup de Gabonais sont des ingénieurs agricoles. Et s’ils quittent la fonction publique, il serait bon qu’on leur ouvre la porte question de les insérer dans le programme Graine et qu’ils deviennent aussi des entrepreneurs qui puissent apporter quelque chose à Olam, dans la mesure où Olam et Sotrader nous accompagnent pour le planting et la récolte des produits.

Donc il vaut mieux que ces personnes qui partent soient sous le couvert d’un major qui va les aider à s’installer, à s’organiser avant qu’ils ne produisent. Or si on les laisse à eux-mêmes, sans accompagnement, une fois qu’ils auront consommé tout ce qu’ils ont eu comme argent, ils deviendront des chômeurs, et en devenant des chômeurs, nous créons un autre problème. C’est pourquoi nous avons mis ce nouveau programme des départs volontaires en place pour accompagner ces personnes qui veulent partir.

SeM

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