Daniel Ona Ondo : On a du mal à convaincre les ministres des Finances de financer la CEMAC

Daniel Ona Ondo : On a du mal à convaincre les ministres des Finances de financer la CEMAC

() - La dernière réunion du Programme de réformes économiques et financières de la sous-région (PREF-CEMAC), tenue à Douala le 22 juin 2018, a donné l’occasion au président de la Commission de la CEMAC, Daniel Ona Ondo (photo), d’évoquer avec la presse locale, les sujets portant sur le financement des projets intégrateurs de l’espace  communautaire, le rapatriement des recettes d’exportation des entreprises minières ainsi que les évolutions de l’intégration régionale. 

Quelles sont les principales avancées enregistrées depuis le dernier sommet extraordinaire des chefs d’état, organisé à Yaoundé en décembre 2016 ?

Il y a eu des avancées considérables parce que tous les pays ont fait un ajustement réel : ils ont réduit leurs dépenses et ont essayé d’augmenter leurs recettes. S’agissant de l’ajustement financier et monétaire, une décision importante a été prise au niveau de la Banque des États de l’Afrique centrale. Aujourd’hui, nous sommes heureux de constater qu’en matière de couverture extérieure et de réserves, nous avons des réserves qui vont à plus de deux mois. Au niveau des réformes structurelles, nous avons avec le FODEC, mis des reformes suffisantes en place qui vont dans le bon sens. Nous essayons de faire en sorte qu’il y ait des projets intégrateurs parce que les gens ne croient pas en l’intégration, parce qu’ils n’en voient pas les résultats. C’est vrai que tout ne va pas dans le meilleur des mondes mais tout n’est pas imparfait ; je crois qu’il y a lieu de ne pas perdre espoir. Nous avons des embellies aujourd’hui avec les recettes pétrolières qui sont en train d’augmenter. Nous disons donc aux États que ce n’est pas le moment de relâcher les efforts, il faut poursuivre les réformes structurelles et le travail accompli. Nous pensons que ça pourra permettre de régler notre endettement et de réaliser des projets intégrateurs qui pourront permettre à nos pays de connaître une croissance importante. Aujourd’hui la croissance est au rendez-vous par rapport à l’année dernière où elle était négative. Je suis heureux de dire aux chefs d’État que le dossier qu’ils nous ont donné, va dans le bon sens.

Qu’est ce qui ressort des discussions que vous avez eues avec les directeurs généraux des entreprises exploitant les ressources naturelles dans cette partie de l’Afrique ?

Le principe est simple. Nous avons des compagnies qui sont tenues de rapatrier des recettes d’exportation conformément au règlement que nous avons édicté. Ces entreprises doivent transférer les recettes car cela permettra de conforter les réserves de change dans la sous-région. Maintenant, nous sommes des éducateurs, et la priorité c’est d’abord passer le message ; il faut que les gens sachent qu’il y a une loi qui existe et qu’il faut s’y conformer. Les gens doivent être informés des lois qui existent dans nos Républiques et qui font obligation aux pays de rapatrier leurs recettes. C’est vrai que ces compagnies ont signé certaines conventions avec nos pays ; lesquelles conventions leur donnent la possibilité de garder certaines réserves de changes pour leur fonctionnement régulier. Nous avons donc regardé tout ça  et nous avons discuté entre nous pour édicter des mesures qui permettent de ne plus signer ce genre de conventions qui pénalisent nos pays. 

Il y avait parmi les recommandations de la dernière session, l’amélioration du cadre juridique des affaires mais aussi la diversification des économies des pays membres de la Cemac. A quel niveau se trouve-t-on aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous essayons de faire en sorte que nos économies soient diversifiées ; il y a des économies qui ont déjà fait un gros effort de diversification. C’est le cas du Cameroun, qui est mieux diversifié que d’autres pays. Ces efforts doivent se poursuivre. Au niveau de la commission, nous faisons en sorte que l’on améliore le cadre des affaires pour permettre aux entreprises de se créer, qu’on améliore les communications qui permettent aux entreprises de produire. On fait en sorte que l’intégration soit quelque chose d’acceptée par tout le monde. Plus on est nombreux, mieux ça vaut. Aujourd’hui nous avons des économies de petites dimensions, et je pense qu’au niveau de la sous-région, nous avons une population de 40 millions de personnes ; il vaut mieux que l’on produise pour 40 millions d’habitants pour avoir des économies d’échelle.

Et en ce qui concerne l’amélioration du climat des affaires ?

On ne peut pas attirer des investisseurs en tenant le bâton. Il faut créer un cadre qui soit adapté ou qui améliore les affaires. Nous sommes en train de voir au niveau de la sous-région le problème des partenariats public-privé qui permettraient de concilier le public et le privé dans un cadre organisé ; nous faisons en sorte que les lois ne soient pas des lois qui empêchent les entreprises de pouvoir s’implanter. C’est un travail de longue haleine qui ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Je profite de ma prise de parole pour dire qu’on a souvent du mal à convaincre les ministres des Finances, de financer la Cemac ; ils se disent à quoi sert cet argent. Je peux vous rassurer aujourd’hui que nous utilisons le franc que nous donne la Cemac pour mettre en œuvre les projets intégrateurs. Pour le Pref-Cemac, nous avons eu plus de 10 milliards FCFA pour créer des projets. Nous avons des études qui sont déjà lancées et qui permettront, à terme, de financer des projets intégrateurs dans la sous-région. Nous sommes là pour régler les problèmes et je crois que la France ne s’est pas faite en un jour ; il en est de même pour les pays africains. On ne peut pas, par un claquement de doigt, faire en sorte que tout s’améliore ; il y a un travail foncier qui est fait, il faut faire confiance aux dirigeants africains.

Il a été acté l’année dernière lors du Sommet de Ndjamena, la libre circulation des biens et des personnes dans la Cemac ; mais l’on constate une certaine réticence de la part de la Guinée équatoriale. Qu’est-ce qui est fait pour que cette libre circulation soit effective ?

La libre circulation a été actée par les chefs d’Etats à la Conférence de Ndjamena. Elle est effective. Si vous circulez dans les aéroports, vous allez trouver des points de passages de la Cemac tout comme quand vous allez en France, vous y trouvez des points de passage de l’Union européenne. Je crois qu’il faut éviter d’invectiver les Etats parce qu’ils ont accepté la libre circulation qui constitue l’une des avancées considérables de l’intégration sous régionale. Il y a eu juste un petit problème auquel nous sommes en train de remédier. Quand vous allez sur la route, vous trouvez des «manges milles» qui continuent de harceler des commerçants. Je pense qu’il faut y remédier en éduquant les gens de telle sorte qu’un Camerounais ne soit pas mal vu au Gabon, ou qu’un Gabonais ne soit pas mal vu en République Centrafricaine ; il faut qu’on s’accepte mutuellement. Au niveau de la Cemac, on a mis de l’argent auprès d’Interpol pour la fabrication des passeports sécurisés ; nous avons sécurisé les points de passage. La libre circulation des biens et des personnes s’est faite en Afrique de l’Ouest et il n’y a pas de raison qu’elle ne se fasse pas en Afrique centrale.

PcA avec la presse locale

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