Quand la fraude à la SIM Box débarque à Libreville…

Quand la fraude à la SIM Box débarque à Libreville…
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() - Imaginez que vous recevez un appel entrant international. Au lieu que le numéro de téléphone qui s’affiche soit un numéro international, c’est plutôt un numéro local que vous voyez sur votre téléphone. Et plus encore, il est impossible de rappeler votre correspondant étranger parce que ce numéro local ne passe pas par la suite. Si par hasard le numéro passe, c’est un Gabonais qui décroche. Vous n’avez donc plus la possibilité d’enregistrer le numéro réel de votre interlocuteur étranger. C’est la fraude sur les appels internationaux entrants, communément appelé fraude à la SIM Box ou encore trafic gris by-pass. Après la RDC, le Congo, le Cameroun en Afrique centrale, le Gabon fait désormais face à cette fraude qui fait perdre tant d’argent au trésor public et aux opérateurs.

En collaboration avec les forces de l’ordre, l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la Poste (Arcep) du Gabon a interpellé six personnes impliquées dans la fraude à la SIM Box à Libreville. Ces personnes étaient pilotées par un expert qui a également été mis aux arrêts. C’est ce qu’a laissé entendre le secrétaire exécutif de l’Arcep, jeudi dernier, 10 décembre 2015, au cours d’une émission sur Gabon Télévision, la chaîne de télévision nationale.

D’après Serge Essongue Ewanpango, des jeunes Gabonais figurent dans ces interpellations. « Hier encore (09 décembre 2015, ndlr), nous avons interpelé une personne qui avait un équipement qui permettait d’envoyer 360 communications par des voies que nous appelons des voies détournées. Ce monsieur vient polluer le réseau d’un opérateur. Cet opérateur n’a pas prévu cela. Je prends un seul cas, mais imaginez que l’on multiplie cela par dix ou par 20. C’est un problème. (…) Il y a eu quelques jeunes Gabonais dans les six ou sept interpellations que nous avons déjà faites », a-t-il déclaré.

Le phénomène est assez nouveau dans le pays comme nous a confié Lin Monbo, le Président du conseil de régulation de l’Arcep. « C’est un phénomène assez nouveau au Gabon. Il y a à peine trois mois que nous avons observé le trafic gris. De ce qu’on entendait au Cameroun voisin ou au Congo, on se doutait bien que ce phénomène allait entrer au Gabon », affirme-t-il.

Comprendre la fraude

Généralement pour effectuer cette fraude à la SIM Box, le pirate installe une plate-forme comprenant une antenne parabolique VSAT à travers laquelle il reçoit les communications internationales, souvent par Internet. A l’aide de ses ordinateurs et d’un dispositif adéquat, il enlève l’identification de la provenance de l’appelant et le remplace par un numéro local installé dans la Sim box. Cette SIM Box est un boitier qui comporte plusieurs cartes SIM de différents réseaux. C’est ainsi que l’appel international est transformé en appel local.

Généralement, le destinataire qui reçoit l’appel ne peut par contre pas rappeler l’appelant. Le pirate est payé par les carriers ou transporteurs internationaux (avec qui les opérateurs signent des contrats pour l’interconnexion) au tarif d’un appel international. Au lieu de payer les frais de terminaisons des appels entrants internationaux aux opérateurs, les carriers internationaux qui transportent ces appels payent plutôt à ces pirates qui se font plein les poches et qui prennent aux carriers internationaux moins d’argent que les opérateurs mobiles. Privant ainsi le Trésor public et les opérateurs mobiles des frais liés à aux terminaisons de ces appels internationaux. Au finish donc, les frais de terminaison ne sont pas payés par ce pirate, ni à l’Etat congolais, ni à l’opérateur mobile ayant terminé l’appel dans son réseau, celui-ci ne percevant que le coût d’un appel local.

Ce phénomène peut aussi participer à l’explication du nombre réduit des appels internationaux entrants au Gabon par rapport aux appels internationaux sortants. Car, d’après les derniers chiffres du régulateur gabonais, les Gabonais appellent plus à l’international qu’ils ne reçoivent des appels internationaux entrants. En effet, le nombre de minutes d’appels internationaux entrants au Gabon au terme du premier semestre 2015 était de 18,59 millions de minutes. Tandis que le trafic voix sortant vers l’international était de 71,38 millions de minutes pour la même période.

Et si les opérateurs étaient complices…

Il faut également reconnaître que les opérateurs mobiles eux-mêmes peuvent participer à la fraude sur les appels internationaux entrants. Dans d’autres cas, pour payer moins de taxes, les opérateurs mobiles peuvent faire de fausses déclarations. La fraude consistera alors à faire de fausses déclarations de volume des minutes internationales enregistrées. Dans ces cas, les chiffres diffusés par les opérateurs de téléphonie mobile au régulateur ne correspondent plus à la réalité du trafic reçu de l’étranger.

Aussi, les experts reconnaissent qu’un opérateur donné peut recevoir les communications internationales, modifier certaines caractéristiques de ces appels internationaux et les transfère vers un autre opérateur qui termine ces appels sur son réseau. D’autres experts en télécoms peuvent encore mettre en place un dispositif pour effectuer la fraude à la SIM Box. C’est ce qui avait par exemple été observé au Maroc avec l’ex-DG de l’opérateur INWI.

La Chambre correctionnelle près le Tribunal de première instance d’Aïn Sbaa, à Casablanca avait condamné Karim Kaz à cinq ans de prison ferme et au paiement d’une amende de 20 000 dirhams marocains (1986 dollars), à la saisie de tous ses biens, à la dissolution de sa société, ainsi qu’à une autre amende de 40 000 dirhams (3972 dollars) au profit de l’Office des changes et aux dommages et intérêts. Il était poursuivi pour constitution de bande criminelle, de détournement du trafic téléphonique international, de faux et usage de faux, de blanchiment d’argent.

Les déboires de Karim Kaz, qui avait quitté son poste de DG d’Inwi en 2009, avaient commencé en 2013 suite au brouillage des appels d’INWI dans un quartier de Casablanca. INWI avait alors porté plainte et, suite à une enquête, la police avait découvert un réseau pirate détournant les appels internationaux. Le réseau comptait deux collaborateurs de Karim Zaz, qui, sous le couvert du lancement d’un centre d’appel, avaient acquis des équipements télécoms sophistiqués. Lors d’une perquisition dans les locaux de la société dénommée SIART, liée aux activités de Karim Zaz, du matériel informatique et des cartes SIM y avaient été retrouvés.

Les régulateurs et les Etats devraient donc être vigilants sur les activités des opérateurs télécoms déclarés et prendre des mesures techniques pour s’assurer de l’authenticité des chiffres sur les appels internationaux entrants déclarés.

Les conséquences de la fraude à la SIM Box au Gabon

Comme conséquence de la fraude à la SIM Box, en plus des pertes enregistrées par l’Etat et les opérateurs, il y a des conséquences sur les abonnés. Les explications de Serge Essongue Ewanpango : « Il y a risque énorme à la sécurité de l’Etat. Car, imaginez qu’une haute autorité attend un appel de l’étranger. Vous recevez plutôt un appel local dont vous ignorez le numéro. C’est peut-être un appel qui va vous permettre de conclure un business important, mais vous ne connaissez pas ce numéro important. Vous ne décrochez pas et vous perdez peut-être ce marché. (…) Sans compter que cette personne peut écouter l’appel, alors que la législation au Gabon protège le secret et la confidentialité des conversations téléphoniques ».

Les opérateurs mobiles y voient également d’autres conséquences hormis les pertes d’argent enregistrées. « C’est un fléau qu’il faut combattre. C’est un fléau qui touche à la fois les revenus des opérateurs, de l’Etat, la qualité des appels et la sécurité du pays », a indiqué Abderrahim Koumaa, le DG de Gabon Télécom au cours de l’émission télé de jeudi dernier sur Gabon Télévision.

En ce qui concerne le montant des pertes enregistrées par le Gabon à cause de la fraude à la SIM Box, l’Arcep n’avance pas encore de chiffres. « Aujourd’hui, je ne peux pas vous donner un chiffre, car nous sommes encore en train de travailler là-dessus », affirme Lin Mombo.

La stratégie du Gabon

Chaque pays a sa stratégie pour combattre le phénomène. Au Gabon, dès le constat du phénomène, l’Autorité de régulation des télécommunications s’est dotée d’un dispositif adéquat pour contrôler les appels internationaux entrants afin de prévenir la fraude à la SIM Box. C’est ce qu’indique Lin Mombo. « En plus, explique le président du Conseil de régulation de l’Arcep, nous avons mis en place une commission de lutte contre le trafic gris. Elle est composée des ingénieurs de l’Autorité de régulation et des représentants de chaque compagnie de téléphonie mobile. A travers nos outils, quand nous constatons que le trafic gris se développe dans une zone, rapidement, le protocole est mis en place. »

C’est donc ce dispositif qui a permis aux récentes interpellations. Si Serge Essongue Ewanpango n’a pas donné des détails sur le principal interpellé jeudi dernier, il a indiqué que celui-ci fera la prison et paiera de fortes amendes, car il a fait perdre de l’argent à l’Etat gabonais. « C’est un individu qui est au Gabon, qui décide de négocier avec des partenaires étrangers pour faire entrer les appels internationaux sans autorisation légale. Il détourne les deniers publics, parce que ce trafic international est régi par un certain nombre de dispositions réglementaires. Il y a une partie de ces fonds qui revient aux opérateurs. En gros, c’est 137 francs (la minute de l’appel international entrant, ndlr). Il y a 90 francs pour les opérateurs, 37 francs pour le fonds du développement de l’Economie numérique, et (le reste, ndlr) pour un certain nombre d’actions comme les équipements et autres qui permettent de surveiller cela », a expliqué le secrétaire exécutif de l’Arcep.

Les mesures pour prévenir

L’Arcep envisage également de limiter la détention des cartes SIM pour limiter la fraude. « Nous avons également fait une étude sur l’acquisition des cartes Sim, parce qu’il n’est pas normal qu’un individu achète par exemple 100 cartes SIM. Car ce sont les cartes SIM qui sont à la base de cette fraude et qui ravitaillent ces SIM BOX », affirme Lin Mombo, le président du Conseil de régulation de l’Arcep.

Le régulateur a également choisi de sensibiliser les Gabonais qui, par ignorance, pourraient se lancer dans cette fraude à la SIM Box. « Je voudrais lancer un appel aux jeunes Gabonais d’être prudents, interpelle le secrétaire exécutif de l’Arcep. Il y a des Gabonais qui ont été contactés par des gens à l’étranger ou des gens qui sont dans les pays africains ou les pays du Golfe persique. Ces gens leur envoient un équipement appelé SIMBOX qui peut prendre six, 24, 380 puces. Et là, ils ont un simple téléphone mobile qu’ils utilisent. Les appels viennent via Internet et ils envoient ces appels en réseau local. En termes clairs, il détourne le revenu de l’opérateur. (…) Quand, ils sont interpellés, ils vont en prison. Certains disent qu’ils ne savaient pas. Or, nul n’est censé ignorer la loi ».

D’après Serge Essongue Ewanpango, toute activité commerciale au Gabon est régie par un certain nombre de textes. Il faut se renseigner sur ces textes avant de se lancer dans une activité, recommande-t-il. Pour le secteur des télécoms au Gabon, l’autorisation de l’Arcep doit être un préalable, rappelle-t-il. Difficile à croire que ces fraudeurs vont l’entendre, tant les gains sont faciles pour ces fraudeurs-là. Avec leurs risques et périls.

Beaugas-Orain Djoyum

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