Gabon, locomotive des TIC et télécommunications en Afrique centrale

Gabon, locomotive des TIC et télécommunications en Afrique centrale
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() - Un taux de pénétration de la téléphonie mobile de 193,24%, une progression constante de l’appropriation de l’Internet par 76% de la population, première nation en zone Cémac  à proposer au large public la 4G, premier pays à initier un technopôle dans la sous-région, le Gabon implémente une politique avant-gardiste en matière des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Sur une population de 1,8 millions d’habitants, le Gabon compte au 31 décembre 2014 plus de 2,9 millions d’abonnements à la téléphonie mobile. Non, cela ne veut forcément pas dire que tous les habitants de ce pays, qui s’étend sur une superficie de 268 000 km2, détiennent chacun un abonnement à la téléphonie mobile. Certains abonnés possèdent effet deux cartes SIM. Parfois plus. L’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep) indique plus exactement que le parc mobile total déclaré par les quatre opérateurs du pays est de 2 932 731 abonnés. Soit un taux de pénétration du mobile de 193,24%. Il faut tout de même noter que ce taux de pénétration et les autres taux sont calculés par l’Arcep sur la base d’une population de 1 517 685, conformément à la une décision de la Cour Constitutionnelle prise le 17 février 2005 et relative à la requête du ministre de la Planification et de la Programmation du Développement au sujet des résultats provisoires du dernier recensement général de la population et de l’habitat.

Parmi les quatre opérateurs du pays, c’est Libertis, la branche mobile de Gabon Telecom (filiale de Maroc Telecom), qui vient en tête avec 40% des parts du marché. Soit avec 1 182 681 d’abonnés. Il est suivi de justesse par l’Indien Airtel avec 39% des parts du marché et 1 128 078 clients. Moov (qui fusionnera prochainement avec Gabon Telecom) et Azur viennent en dernière position avec respectivement 14% et 7% du marché (Voir tableau). Il faut relever que Gabon Télécom est une entreprise publique qui a été privatisée en février 2007. Elle disposait avant sa privatisation de Libertis, branche mobile de l’opérateur historique. L’entreprise est aujourd’hui détenue à 51% par Maroc Telecom (qui avait déboursé à l’époque 61 millions d'euros pour l’acquisition de ces parts au détriment d’Econet, de MTN, de Deutsche Telekom et de Comium qui étaient également en compétition) et à 49% par l’Etat gabonais.

Parts de marché de la téléphonie mobile au Gabon au 31 décembre 2014

311 Dossier Telecoms Gabon1

Concernant l’utilisation du mobile, les Gabonais ont envoyé 404 935 399 Sms en 2014 selon les chiffres déclarés et en ont reçu 233 664 937. Pour ce qui est du trafic voix sortant via le mobile, 276 151 647 minutes ont été enregistrées contre 186 594 916 pour les appels entrants. L’ensemble des quatre opérateurs a généré en 2014 un chiffre d’affaires global de 247,4 milliards de francs Cfa. Et c’est Airtel qui enregistre le chiffre d’affaires le plus important de l’année 2014 avec 124,2 milliards de francs Cfa. Il est suivi par Libertis avec 72,2 milliards de francs Cfa.

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Source : Arcep

La téléphonie fixe, les Gabonais l’adoptent de moins en moins préférant sans doute la mobilité. Au fil des mois, l’on note une régression du nombre d’abonnés à la téléphonie fixe. Au 31 décembre 2014, le parc total d’abonnés était de 18 498 pour un chiffre d’affaires global de 36,5 milliards de Francs Cfa. Pourtant, au trimestre précédent, ils étaient 18 702 et en début d’année 19 110 abonnés. Un an plus tôt, au 31 décembre 2013, l’opérateur historique Gabon Telecom disposait d’un parc fixe de 19 252 lignes. Il faut relever que  Gabon Télécom ne détient plus le monopole des services de base (téléphonie fixe national, télex et télégraphe), depuis le 31 décembre 2005, même s’il demeure encore le principal opérateur de téléphonie fixe du pays.

 

L’ère de la 3G et 4G

Les Gabonais ont la possibilité de se connecter aisément sur Internet via le mobile. En Afrique centrale, le Gabon fut d’ailleurs parmi les premiers pays à octroyer aux opérateurs de téléphonie mobile les licences 3G et 4G. Ce qui lui a valu une reconnaissance de l’Union internationale des télécommunications qui l’a classé en 2014 comme le pays de l’Afrique centrale le plus développé en matière de Technologies de l’information et de la communication (TIC). Au classement de l’indice des TIC (IDI) de l’UIT, sur le plan africain, le Gabon occupe la 10e place, l’île Maurice s’étant arrogé la palme d’or. Dans l’optique de la préparation de la Can 2012 conjointement organisée par le Gabon et la Guinée équatoriale, l’Etat gabonais a commencé à parler d’octroi de la 3G en 2011 afin de proposer aux Gabonais et participants à cette compétition un accès à Internet haut débit et des services innovants. Pour ce faire, l’Indien Airtel s’est positionné en tête de file. Selon le quotidien “L’union” qui avait relayé l’information à l’époque, un accord pour la fourniture de la technologie 3G avait été signé le 4 octobre 2011 par Lin Mombo, directeur de l’Agence de régulation des télécommunications (ARTEL), et Mamadou Kouladou, alors directeur Afrique d’Airtel. Mais, c’est trois ans plus tard, le 20 mars 2014, que l’Arcep attribuera officiellement à Airtel les licences 3G et 4G. Coût de l’acquisition de ces technologies pour une période d’exploitation de dix ans : 5,5 milliards de francs CFA.

Gabon Telecom ne se laissera pas faire pendant longtemps. Un mois plus tard, le 24 avril 2014, le régulateur attribuera officiellement les licences 3G et 4G à Gabon Telecom, conformément à l’accord du 07 mars 2014 signé par Maroc Telecom et le gouvernement gabonais. Le Roi Mohammed VI en personne visitait le Gabon ce jour-là et 23 autres accords et conventions de coopération étaient signés à la même occasion. Les coûts de ces licences ne seront pas dévoilés, mais l’opérateur marocain doit les exploiter pour une période de dix ans.

 

Si la licence 4G est officiellement attribuée à Gabon Telecom en avril 2014, pour des raisons de déploiement de son réseau, il faudra attendre le 10 octobre 2014 à Libreville pour expérimenter l’Internet mobile en mode 4G. Gabon Telecom devient ainsi le premier opérateur de l’Afrique centrale à proposer les services 4G. Il faut tout de même noter qu’en juillet 2014 au Tchad, l’opérateur de téléphonie mobile Tigo, filiale du groupe Millicom International Cellular, avait commencé la phase test de son réseau 4G devenant le premier dans la zone Cémac à tester cette technologie. Côté Cameroun, principal poumon économique de la zone, c’est tout récemment en mars 2015 que les licences 3G et 4G ont été attribuées et aucun opérateur pour le moment ne prévoit encore déployer le réseau 4G à court terme. Gabon Télécom propose donc la 4G, mais aussi l’accès Internet via son réseau filaire, via l’ADSL ou la fibre optique. L’Internet est également proposé aux Gabonais via le réseau CDMA de l’opérateur historique. L’entreprise revendique la disposition d’un accès au câble sous-marin SAT-3, lui permettant de fournir ses propres besoins de bande passante internationale et de commercialiser des services internationaux (internet, voix) auprès des autres opérateurs télécoms et des entreprises du pays.

 

76% de pénétration de l’Internet

De manière générale au Gabon, en 2014, l’Arcep évalue à 1 150 814 le nombre de personnes ayant un accès à l’Internet. Soit un taux de pénétration d’Internet dans le pays de 76%. Dans le détail, 1 106 552 Gabonais surfent sur le web via le mobile, la 3G principalement. 33 525 passent par les fournisseurs d’accès Internet et 10 737 Gabonais disposent d’une connexion internet fixe ADSL. Le marché gabonais de l’Internet est donc constitué de six fournisseurs d’accès Internet, d’un opérateur fixe et de quatre opérateurs mobiles. Ils proposent aux Gabonais un accès Internet via les technologies Wimax, VSAT, ASDL, CDMA, GPRS-EDGE ou encore via la 3G et la 4G. L’ensemble de ces opérateurs a généré un chiffre d’affaires global de 40 537 726 882 francs Cfa durant l’année 2014. Chiffre qui ne prend pas en compte les données de Solsi et de Digicom qui n’ont pas communiqué leurs chiffres à l’ARCEP. Parmi ces FAI, c’est Gabon Telecom Fixe qui vient en tête du classement avec 35% des parts de marché de l’Internet au Gabon. Il totalise un chiffre d’affaires annuel de 14,3 milliards de francs Cfa. Airtel le suit avec 30% des parts de marché et un chiffre d’affaires de 12 milliards de francs Cfa en 2014.

Parts de marché des fournisseurs d’accès Internet au Gabon (au 31 décembre 2014)

311 Dossier Telecoms Gabon3

Source : ARCEP

La progression de l’utilisation de l’Internet dans le pays découle de la politique de l’Etat gabonais en matière d’infrastructures de télécommunications, mais aussi de l’implication personnelle du chef de l’Etat. Lui-même accro des TIC, Ali Bongo, sur son compte Facebook régulièrement mis à jour, vante parfois les avantages des TIC et de l’Internet. « Le secteur de l'information et de la communication (TIC) est en pleine mutation au Gabon. Parce qu’il est un vecteur essentiel de développement économique, d’opportunités de partenariats et de création d’emplois, notamment pour les jeunes, notre pays souhaite relever ce défi technologique », écrit-il le 28 octobre 2013. Tout comme il participe au sommet Transform Africa à Kigali au Rwanda la même année. Sommet qui va élaborer et adopter le manifeste Smart Africa. Un engagement des Chefs d'Etat à soutenir la transformation socio-économique de l'Afrique à travers les technologies de l'information et de la communication.

Le Gabon numérique

La stratégie du gouvernement en la matière est contenue dans le Plan stratégique Gabon Emergent (PSGE). Le Plan sectoriel Gabon numérique du PSGE prévoit de faire du Gabon à l’horizon 2016 un pays disposant d’une infrastructure numérique sur l’ensemble de son territoire, permettant le développement d’une large gamme de services « favorisant un saut qualitatif majeur dans les services sociaux et l’éclosion des piliers du Gabon Émergent. Ainsi, la mise en œuvre du Programme Gabon numérique entrainera des progrès significatifs dans les domaines suivants : i) l’amélioration de l’accès par une plus forte couverture du territoire national, notamment en zones rurales, ii) l’amélioration de la qualité de service, iii) l’augmentation substantielle du débit d’Internet, (iv) la construction d’un Backbone national en fibre optique, v) les mesures incitatives à la baisse du prix des terminaux , vi) la mise en place d’un cadre juridique complet sur les TIC, vii) la baisse des coûts de communication…», peut-on lire dans le PSGE.

Sur le terrain, le pays a accès depuis 2002 au câble sous-marin à fibre optique SAT-3/WASC (limité par sa capacité totale de seulement 1,2 Gbit/s) et abrite depuis  2011 une station d’atterrissement du câble sous-marin de fibre optique Africa Coast to Europe (ACE). En plus, le Gabon envisage de mettre en place un point d’échange Internet. C’est ainsi que le 22 janvier 2014, à l’initiative de l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF), 14 acteurs majeurs des télécommunications se sont réunis au sein d’un groupement pour mettre en place ce point d’échange Internet qui permettra la réduction des coûts de l’Internet et évitera à ce que les internautes voient leur trafic Internet transiter vers d’autres pays. Ce qui ralentit d’ailleurs l’expérience utilisateur. S’adressant aux acteurs télécoms réunis ce jour-là, Blaise Louembe, alors ministre de la Communication, de la Poste et de l’Economie numérique, avait déclaré : « comme vous l’avez si bien souhaité, le futur point d’échange sera géré sous forme d’un Groupement d’intérêt économique (GIE). Je me permets pour cela d’inviter tous les acteurs appelés à gérer la future structure à jouer chacun sa partition afin que nous puissions exécuter de façon coordonnée, les mesures que nous avons convenues ensemble

Le pays développe également progressivement le projet du Backbone national gabonais (BNG). Une boucle optique qui part du point d’atterrissement du câble sous-marin ACE (connectivité Africa Coast to Europe) à Libreville et se déploie sur l’ensemble du territoire national. Le projet intègre à la fois la composante sous régionale CAB4  d’installation de 1075 km de fibre optique en suivant le tronçon ferroviaire et routier et la composante backbone national en fibre optique de 3400 km sur le reste du territoire national.

Par CAB4, il faut entendre le volet gabonais du projet Central African Backbone financé par la Banque mondiale et la BAD. « Ce projet, au Gabon comme dans tous les trois autres pays, vise la construction d’un réseau national en fibre optique destiné à connecter tous les chefs-lieux de province, de département et de district et à favoriser la mise en place des réseaux de télécommunications à haut débit qui sont, pour les entreprises, de véritables catalyseurs de croissance, grâce à leur soutien à la compétitivité et à l’innovation et, pour la population, des vecteurs irremplaçables de transmission des connaissances et des savoirs porteurs de transformation sociale », déclarait Pastor Ngoua N’Neme, le ministre de l’Economie numérique et de la Poste, le 15 octobre 2014 lors de la signature du contrat des travaux de construction de la dorsale fibre optique CAB4 entre l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF), représenté par Alex Bernard Bongo Ondimba, son directeur général et la China Communications Services International (CCSI) représenté par son président Ping Lailu. Le Gabon envisage d’ailleurs d’interconnecter le projet CAB du Congo et le sien.

La cybercity de l'Ile Mandji

A côté de ces projets, le Gabon ambitionne d’être l’îlot florissant de l’Afrique centrale en matière d’investissements dans les secteurs des TIC et télécommunications. C’est dans cette optique le président Ali Bongo a initié le projet de la cybercity de l'Ile Mandji, une composante du Gabon numérique. Un projet qui a pour vocation d’attirer au Gabon les principaux acteurs de l’économie numérique. En octobre 2011, Ali Bongo s’était rendu lui-même à Genève, en Suisse, à l’ITU World Telecom, pour faire la promotion de ce projet et inviter les géants du web et du numérique à venir s’installer au Gabon. Les avantages pour les investisseurs étrangers et nationaux à investir à la Cybercity de l’île Mandji sont nombreux : « L’exonération d’impôts pendant les 10 premières années, un taux d’impôt réduit sur les bénéfices plafonné à 10% à partir de la 11ème année, l’enregistrement rapide et facile des sociétés à partir d’un guichet unique, la liberté d’expatriation des fonds, etc. », promet Ali Bongo. Il y est prévu huit technopoles parmi lesquels le Gabon Internet City (GIC), le Gabon Hosting Zone (GHZ), le Gabon Outsourcing Zone (GOZ), le Gabon Media City (GMC), le Gabon Studio City (GSC) ou encore le Gabon Tech Zone (GTZ).

Bref, un peu comme l’indique le manifeste Smart Africa (pour une Afrique connectée) adopté par une dizaine de présidents africains à Kigali au Rwanda en 2013. Ce manifeste indique que les chefs d’Etat s’engagent à s’appuyer « sur les progrès accomplis par le continent en matière de connectivité, en particulier dans les zones mal desservies, afin de réaliser notre objectif d'accès de qualité et abordable pour tous. Pour y parvenir, nous allons collaborer avec le secteur privé et les autres pays africains à investir de façon continue dans les infrastructures nécessaires, y compris les réseaux transfrontaliers et régionaux. Nous allons soutenir ces investissements en favorisant et en harmonisant nos environnements politiques en vue d’assurer qu'elles facilitent plutôt qu’entraver l'accès universel ». Avec ce projet de technopôles, les autres projets et les acquis ci-dessus cités, le Gabon est visiblement sur la bonne voie côté TIC et télécommunications. L’organisation imminente par ce pays pour la première fois en Afrique du Forum mondial des régulateurs de télécommunications des pays membres de l’UIT qui se tiendra du 08 au 12 juin 2015 à Libreville, est probablement une autre reconnaissance internationale de ses efforts en la matière.

 

Beaugas-Orain Djoyum

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