« Nous travaillons pour lever toutes les contraintes structurelles auxquelles se heurte le développement du secteur agricole », dixit Biendi Maganga Moussavou

Agro
lundi, 17 septembre 2018 16:19
« Nous travaillons pour lever toutes les contraintes structurelles auxquelles se heurte le développement du secteur agricole », dixit Biendi Maganga Moussavou

(Le Nouveau Gabon) - Dans le cadre d’un entretien accordé à notre rédaction, le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage, chargé de la mise en œuvre du programme GRAINE, Biendi Maganga Moussavou (photo), s’est prêté à notre jeu de questions pour décliner les grands axes et les enjeux de la nouvelle politique agricole au Gabon.

Monsieur le ministre, le Gabon a lancé un vaste processus de diversification de son économie. Dans ce programme, l’agriculture joue un rôle majeur, surtout dans le cadre de la réduction de la dépendance alimentaire extérieure et l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire. Si avec l’agro-industrie, le pays marque de précieux points, l’on constate qu’avec l’agriculture vivrière, la mayonnaise peine à prendre. Alors, où en sommes-nous aujourd’hui avec la nouvelle politique agricole implémentée dans le pays ?

Biendi Maganga Moussavou : Il n’est pas tout à fait exact de dire que la mayonnaise peine à prendre. En effet, notre politique agricole repose sur deux axes principaux à savoir : les développements des agro-industries et la modernisation de l’agriculture familiale.

Je ne vais pas revenir sur le succès important obtenu dans l’agro-industrie à travers le partenariat entre Olam international et le Gabon qui a permis l’essor de la culture du palmier à huile. D’ailleurs, depuis quelques mois, le Gabon exporte de l’huile de palme dans la sous-région et en Europe.

En ce qui concerne les cultures vivrières, elles sont essentiellement portées par les petits producteurs. Le gouvernement a également fait beaucoup d’efforts à travers le programme Graine qui a concerné environ 7 000 coopérateurs dans sa première phase. Il y a eu aussi le Projet de développement et d'investissement agricole au Gabon (PRODIAG) financé par l’Agence française de développement (AFD) qui a touché 3 064 petits producteurs et le Projet de développement agricole rural (PDAR) co-financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) qui a concerné environ 26 000 agriculteurs.

Donc des efforts ont été réalisés mais ils ne permettent pas encore à notre pays d’être auto-suffisant. C’est pourquoi le gouvernement a décidé d’accroître l’appui aux petits producteurs avec des fonds conséquents qui vont être mobilisés : Projet d’appui au programme GRAINE - Phase I (PAPG.1), 65 milliards FCFA, le PRODIAG 221 milliards FCFA et le PDAR 2 14 milliards FCFA.

On observe que le Gabon ne semble pas respecter l’accord  conclu à Maputo en 2003, qui consiste à financer le secteur agricole en Afrique à hauteur de 10% par pays. Qu’est ce qui fait entorse à la matérialisation de cette décision ?

Effectivement, si l’on examine la part du secteur agricole dans le budget de l’État, celle-ci reste en dessous de 1%, loin des objectifs de Maputo. Mais il est important d’intégrer tous les avantages fiscalo-douaniers accordés aux acteurs du secteur. Il faut aussi prendre en compte le contexte économique actuel qui ne favorise pas l’augmentation des ressources allouées à ce secteur. Mais le gouvernement continue de mobiliser des ressources supplémentaires avec l’appui des partenaires techniques et financiers (PAPG1, PRODIAG2, PDAR2), afin justement de poursuivre l’objectif de Maputo.

Excellence, avec un potentiel important notamment une réserve importante de terres arables (5,2 millions d’hectares) et un climat propice à l’activité agricole (pluviométrie annuelle de 1 450 à 4 000 mm), le secteur agricole gabonais ne contribue que très peu à la création de richesses. A quel niveau se situe exactement le problème ?

Le développement de l’agriculture se heurte à certaines difficultés structurelles notamment :

- l’exode rural (86% de la population réside en ville) ;

- l’agriculture familiale avec des techniques culturales archaïques (faible mécanisation, faible utilisation d’engrais et semences améliorées) ;

- la faiblesse des infrastructures nécessaires à l’évacuation, le stockage et la transformation des produits agricoles ;

- l’inorganisation des acteurs et ;

- l’absence de système de financement spécifique du secteur.

Toutes ces contraintes freinent le développement du secteur. Nous travaillons justement pour lever chacune d’elles notamment à travers la sensibilisation des jeunes pour susciter des vocations, la réforme du système de formation agricole, l’amélioration du Conseil agricole, l’aménagement des espaces et la mise à disposition des intrants performants (Graine).

L’émergence d’un pays passe indubitablement par la maîtrise et la croissance du secteur agricole. Alors, quelle est aujourd’hui, la contribution de ce secteur au Produit intérieur brut du pays (PIB) ?

Notre ambition est d’atteindre 10% d’ici 2025.

Le programme GRAINE est arrivé au terme de sa première phase. Pouvons-nous avoir les détails chiffrés de la production ? Et pour la seconde phase, qu’est ce qui est prévu ? Surtout que le programme semble quelque peu avoir changé d’approche ?

Les chiffres du programme GRAINE sont en cours d’acquisition. Nous ne pouvons donc pas à ce stade vous les communiquer.

Certains reproches sont faits au gouvernement de ne pas suffisamment tenir compte des réalités agricoles du pays ; le fait par exemple d’avoir envoyé des Gabonais s’imprégner des réalités agricoles singapouriennes alors que de grands pays à vocation agricole comme la Côte-d’Ivoire, le Ghana ou le Cameroun voisin, peuvent servir de référence pour booster le secteur agricole. Qu’en dites-vous ?

Je ne partage pas cet avis. Comme vous devez le savoir, Singapour est un pays émergent contrairement à ceux que vous citez, de ce point de vue nous pouvons nous inspirer pour certains aspects, de ce pays. De même pour la Malaisie qui a une expertise reconnue pour la culture du palmier à huile.

Classes vertes, vacances agricoles et bien d’autres. Tous ces concepts, pensez-vous qu’ils peuvent réellement relancer le secteur agricole gabonais ?

Vous abordez dans cette question un point très important, car il concerne les jeunes, donc l’avenir de notre pays... En effet les vacances agricoles qui ont permis à des centaines d’enfants de visiter les sites et de se familiariser à certains métiers agricoles, tout comme les classes vertes qui vont être lancées dès la rentrée, ont pour objectif principal de faire découvrir et intéresser les jeunes aux activités agricoles afin de susciter des vocations et créer une nouvelle génération de producteurs nationaux agricoles capables d’utiliser les techniques de production. C’est très important, car nous devons conduire la transformation du secteur agricole en le modernisant.

Quelle est la place qu’occupe aujourd’hui la filière café-cacao ? L’avez-vous entièrement confiée à la Caisse de stabilisation et de péréquation (CAISTAB) ?  En outre comment se porte le secteur ?

En ce qui concerne la filière café et cacao, il faut dire que les missions de chaque acteur sont bien définies. Le ministère de l’Agriculture définit la politique et les programmes à mettre en œuvre. La CAISTAB est un opérateur de l’État qui doit mettre en œuvre ces politiques et programmes.

C’est vrai, cet opérateur peut avoir tendance à sortir de ses missions du fait qu’il centralise les ressources affectées à ces filières. Mais nous travaillons à améliorer le fonctionnement des acteurs et je pense que les responsables de la CAISTAB vont de plus en plus se rapprocher de nos services pour recevoir leur feuille de route en matière de politique et de programme café cacao.

Pensez-vous que la politique agricole du pays peut réellement permettre d’atteindre l’autosuffisance et la sécurité alimentaire ?

Oui bien sûr. Nous ne pensons pas que les nouvelles orientations décidées par le président de la République et mises en œuvre par le gouvernement consistent, en plus du développement des axes évoqués précédemment, à s’attaquer véritablement à la question des importations. En effet, l’analyse de nos importations qui s’élèvent aujourd'hui à 1 milliard de dollars montre que trois produits constituent le tiers de ces  importations, à savoir le riz 80 000 t, le poulet 150 000 t et le porc 15 000 t.

Il s’agit dans notre nouvelle stratégie de prendre toutes les mesures nécessaires (fiscales, protection, foncières) pour favoriser le développement de ces filières stratégiques pour notre pays en nous appuyant sur les principaux acteurs que sont les agro-industries, et les petits producteurs car nous pensons que nous atteindrons la souveraineté alimentaire en associant et trouvant un juste équilibre entre l’agro-industrie et l’agriculture familiale.

Au moment de boucler cet entretien, avez-vous un aspect particulier sur lequel vous souhaitez édifier davantage les populations ?

Pour conclure cet entretien, je souhaite revenir sur le potentiel que représente le secteur agricole. En effet, au moment où le gouvernement met en œuvre les mesures d’assainissement des finances publiques qui conduisent la fonction publique à ne plus recruter pendant quelques temps, il faut que nos compatriotes sachent que le développement des chaînes de valeurs des filières agricoles va générer de milliers d’emplois offrant ainsi des opportunités à notre jeunesse.

Le gouvernement met tout en œuvre pour appuyer et accompagner tous les compatriotes qui veulent se lancer dans ce secteur à travers le programme Graine, le PDAR, le PRODIAG  et toute l’expertise des équipes du ministère.

Entretien réalisé par Stéphane Billé

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