COP 21 : ce que le Gabon a proposé pour la réduction des GES

Gouvernance
vendredi, 06 novembre 2015 06:46
COP 21 : ce que le Gabon a proposé pour la réduction des GES

(Le Nouveau Gabon) - Le Gabon fait partie des premiers pays de l’Afrique centrale à avoir soumis à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) ses propositions nationales pour lutter contre les changements climatiques. Décryptage.

 

Pour un bon déroulement de la 21e conférence des parties (COP21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qui se tient à Paris en France du 30 novembre au 15 décembre 2015, le Gabon a présenté aux Nations Unies ses solutions pour lutter contre les changements climatiques. L’objectif étant surtout de permettre aux différentes parties de parvenir à la signature d’un accord historique, global et contraignant pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et limiter la hausse des températures.

Pour éviter donc de reproduire l’échec de Copenhague en 2009, le Gabon a présenté depuis le 01er avril 2015 à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) sa contribution nationale. Il faisait ainsi partie des premiers africains à soumettre ses propositions. Ce document est le fruit des réflexions de plusieurs départements ministériels et acteurs gabonais impliqués dans les activités pouvant favoriser ou limiter les changements climatiques. A en croire le président gabonais, c’est au sortir de l’échec de Copenhague, que le Conseil climat réunissant les administrations, la société civile et les privées s’est tenu pour commencer à plancher sur la question. Principale axe de réflexion, comment se développer tout en préservant la forêt ? « Surtout ce que je ne veux pas entendre c’est qu’on me demande de choisir l’un ou l’autre. Les deux doivent marcher. Débrouillez-vous, trouvez-moi quelque chose ! », avait alors prescrit Ali Bongo. C’est au terme des différentes concertations que la proposition nationale du Gabon a été soumise, tout comme le pays mis sur pied un Plan de développement durable tenant compte des impératifs de développement et de préservation et un plan d’affectation des terres.

En général, dans la proposition nationale du Gabon soumise à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le pays s’engage sur la période 2010 – 2025 à réduire d’au moins 50% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et exclut de ses prévisions la réduction à partir d'achats de crédits carbone hors Gabon.

Le Gabon rappelle dans ce document qu’il est couvert à 88% par la forêt et qu’il joue par conséquent un rôle de « puits » de carbone en absorbant plus de quatre fois plus de CO2 que ce qu’il émet. « Le Gabon ne souhaite pas limiter sa politique Climat à la simple conservation de forêts, à l’aide de mécanismes de financement internationaux. Cette logique de rente obérerait sont développement économique et social en l’asservissant à des mécanismes extérieurs, sans lien avec l’économie réelle. C’est pourquoi les engagements pris par le Gabon portent exclusivement sur ses émissions de GES hors stockage de carbone par la biomasse », précise le Gabon.

 

Propositions et engagements

Parmi les activités qui favorisent la production des gaz à effet de serre au Gabon, il y a le torchage du gaz occasionné par l’industrie pétrolière. Des mesures ont été prises pour limiter cette pollution. Représentant 23% des émissions directes en 2000, les émissions liées au torchage du gaz associé dans la production pétrolière ont fait l’objet de plusieurs mesures qui ont déjà des résultats significatifs sur la réduction des émissions de GES, précise le document soumis aux Nations unies. Parmi ces mesures on peut citer l’adhésion en 2007 à l’initiative « Global Gas Flaring Reduction » (GGFR) de la Banque mondiale, la promulgation en 2014 de la loi N° 011/2014 portant règlementation du secteur des hydrocarbures en République gabonaise interdisant le torchage en continu au Gabon et enfin la participation du Gabon en 2015 à l’initiative « Zéro Torchage de Routine d’ici 2030 » lancée par le GGFR. A travers ces mesures, le Gabon prévoit de réduire les émissions de GES de 17 341 GgCO2, soit 41% des émissions (63% en 2025) sur la période 2010-2025.

Aussi, le pays s’engage à réduire de moitié les émissions de GES liées au traitement des déchets et eaux usées à horizon 2025. Compte-tenu de l’évolution attendue de la population, cet engagement doit permettre de réduire les émissions de GES de plus de 2 000 GgCO2 sur 2015-2025, soit 16% par rapport au scénario tendanciel (50% en 2025). Il faut noter que le Gabon s’est déjà doté d’une Stratégie nationale d’adaptation du littoral face aux effets des changements climatiques. Une stratégie qui se décline au travers de mesures visant à une gestion intégrée de la zone côtière par la mise en place d’un cadre juridique approprié, l’acquisition d’outils de surveillance et enfin la formation et l’information. Aussi, le Gabon a engagé à la fois des mesures ou réglementation sectorielles comme l’institution d’un code forestier, la création de 14 parcs nationaux, la définition du plan national de réduction du torchage ou encore l’interdiction d’exportation des grumes, pour limiter le changement climatique. Toutes des mesures prises en application de la loi portant Orientation du développement durable. Côté énergie, afin de maîtriser les émissions de GES liées à la production et à la consommation d’électricité, le Gabon a développé un plan de développement de l’hydroélectricité. Le pays s’engage d’assurer à horizon 2025 une fourniture de l’électricité basée à 80% sur l’hydroélectricité et à 20% sur le gaz.

 

Un Fonds national de développement durable

Pour financer ces ambitions, la loi portant orientation du développement durable prévoit la mise en place d’un Fonds national de développement durable. Le document de contribution nationale du Gabon indique que la création de ce fonds est en l’étude et se positionnera dans la lignée des Fonds nationaux Climat qui se développent dans divers pays, en tenant compte des particularités de la stratégie gabonaise. Ce fonds permettra donc de « canaliser et stimuler une partie des flux financiers dédiés à la réduction des émissions et plus largement au développement durable : (1) budget de l’Etat, (2) investissements privés, (3) revenus des crédits du marché domestique, (4) apports ou prêts de bailleurs de fonds) ».

De même, le Gabon s’est enregistré en janvier 2015 auprès du Green Climate Fund, afin de montrer des résultats dans le domaine de la réduction des émissions, mais aussi de s’adapter à la COP 21. Les différents champs d’action à financer au Gabon en matière de réduction des émissions sont des projets relatifs aux énergies renouvelables, en particulier hydroélectrique ; au traitement des eaux usées et autres déchets; à l’efficacité énergétique ; au transfert des technologies ; à l’affectation des terres pour des projets agricoles et forestiers. Le pays précise que la stratégie climat du Gabon est propre au pays et est en même temps « construite en cohérence avec les tendances internationales, les avancées méthodologiques et les orientations des négociations climatiques et biodiversité. Dans ce cadre, le Gabon prend en charge ses propres choix et recherche en parallèle à établir des partenariats avec des programmes en accord avec la stratégie présentée dans ce document ».

Le pays compte donc bien travailler avec des partenaires internationaux pour financer ce plan. C’est ce que laissait entendre Noël Nelson Messone, du moment où il était le ministre gabonais en charge de l’Eau et des Forêts. « Il faut des financements pour cela. Il y a eu l’engagement des pays développé à fournir 100 milliards de dollars à l’horizon 2020. Aujourd’hui, on ne sait pas trop où en est cet engagement. La position du Gabon à la COP21 sera de rappeler tous ces éléments et dire que nos partenaires qui sont des pays développés qui sont le plus responsable du changement climatique assument leur part de responsabilité historique. Le Gabon ne le dit pas pour ne pas assumer la sienne.  Nous sommes le premier pays africain à soumettre notre contribution nationale. On était le premier pays africain à le faire pour dire que nous sommes prêts à assumer nos responsabilités communes et différenciées. Nous sommes un pays très faible émetteur de gaz à effet de serre et nous avons quand même voulu montrer notre contribution et notre ambition de faire notre part dans la lutte contre le changement climatique », expliquait-il.

Pour sa part, Régis Immongault, l’actuel ministre du Développement durable, de l’Economie, de la Promotion des investissements et de la Prospective, voit en ces problématiques la question du développement de l’Afrique. « En dehors des aspects financiers, le changement climatique renvoie à des enjeux de développement », a récemment déclaré Régis Immongault, dont les propos sont rapportés par l’Agence d’information d’Afrique centrale. Le ministre gabonais participait à une table ronde de la réunion de la zone franc à Bamako au Mali au début du mois d‘octobre 2015. Lors de cette table ronde, le ministre a non seulement exposé la stratégie du Gabon pour que le développement durable constitue l’un des fondements de la croissance du pays, mais également plaidé pour une position commune en Afrique lors de la COP21. En quelque sorte un rappel de la position d’Ali Bongo, qui, lors du New York Forum Africa 2015, invitait les Etats à être à la fois responsables et solidaires. « Ce que j’attends cette fois-ci à Paris, c’est de sortir de cette conférence non pas seulement avec un accord a minima qui illustrerai notre échec. Je veux qu’à Paris nous soyons à la fois responsables et solidaires. Responsable pour reconnaître que nous ne pouvons pas continuer comme cela. Ce n’est pas possible ! Nous sommes suffisamment intelligents pour comprendre que dans la vie il y a des moments où il faut prendre des décisions importantes pour le futur de nos enfants et de nos petits-enfants », avait déclaré Ali Bongo.

 

Beaugas-Orain Djoyum

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